Un très joyeux Noël

Cela est arrivé une nuit de Palestine, terre aujourd’hui si difficile. On a dit à Bethléem. Au milieu de tout le monde, en pleine humanité, tout à côté de la salle commune déjà trop remplie. Dans un endroit qui nous ressemble, où on sent la chaleur humaine de tous ces passants et de ces recensés de la vie.

Cela a commencé, il y a plus de 2000 ans. « Les anges dans nos campagnes » ont entonné la 1ère musique de Noël pour annoncer la Bonne nouvelle aux bergers, pour dire cette naissance à la fois si simple comme toute naissance, mais si immense. Une belle histoire pour dire une promesse, celle d’un enfant, une espérance neuve, qui n’est pas encore usée par le temps, par les blessures de la vie.

En cette nuit de Montréal, jeunes et moins jeunes, pauvres ou riches, assidus de tous les dimanches, ou simplement de passage; ou encore de retour dans cette assemblée qu’on a fréquentée, comme on retrouve à Noël des parents et amis, comme on croise des lieux dont on garde un bon souvenir, nous revenons à l’assemblée pour entendre ce récit de naissance et les chants qui font la joie et qui disent notre désir de vivre. Il y a un air de Noël, une chance qui nous est donnée, que nous nous donnons, d’entrer dans notre humanité, dans ce qu’elle porte de meilleur. Dans un monde, le monde que nous nous fabriquons, plein de blessures, cette nuit laisse apparaître de la vie; c’est la nuit plus éclairante et plus profonde que le jour.
Le plus petit, ce qu’il y a de plus fragile, un enfant, c’est la promesse que changer le monde est possible, ce monde malgré ses raideurs, ses résistances de béton, ses non-paroles. Il naît incognito, mais sa naissance est devenue célèbre, parce que quelques personnes ont cru qu’elle pouvait changer quelque chose et de façon radicale. C’est le commencement de notre expérience de foi.
D’un enfant, il ne faut pas s’approcher à grand bruit, mais en douceur. On ne peut parler de la naissance de Dieu en proférant de grands mots sonores, mais d’une voix tendre, comme on parle à un enfant, avec des paroles qui viennent du cœur. Ce sont les gestes inventés : les cadeaux, les cartes, - on s’arrête, on se penche pour écrire quelques mots à l’autre -. Ce sont des souhaits: Joyeux Noël! Que la vie et le temps te soient bons, continue à vivre !… Et pourtant, à Noël les paroles nous manquent; on chante, on exagère, on fête, on déborde. C’est le débordement de la vie là où on se rappelle, sans trop se le dire parfois, le Dieu qui est né dans notre humanité. Comment en est-on arrivé à faire de Dieu une force, une puissance, alors qu’il n’est que fragilité qui accompagne la nôtre? Noël vient nous le rappeler. « Aujourd’hui, je peux recommencer ma vie, car dans cet enfant, c’est Dieu qui naît en moi » ( s. Léon). Repartir avec assurance dans la vie, ce serait suffisant pour se dire qu’on a célébré Noël.
Noël c’est aussi prendre la mesure que le bonheur n’est pas parfait, que la famille, les amitiés ne sont pas parfaites. On sent le travail à faire; on veut célébrer. On a le désir et parfois le besoin de la fête, de la naissance. Dieu nous donne cette ouverture, cette occasion. Donner la chance de naître et renaître. Il n’y a pas d’âge pour cela.
Noël nous dit qu’il n’est pas anormal d’être humain. De laisser ses rancoeurs à l’entrée, de déposer sa croix, de laisser sa garde, afin d’aller toucher du doigt ce que le coeur humain porte de plus tendre, de ce que le cœur humain porte de bonne volonté qu’il n’arrive pas toujours à manifester. Sauf à Noël… Profitons-en tous, pour soi, pour les autres. L’humanité est à son meilleur. Exagérons pour quelques heures le meilleur, pour une fois…Tout est encore possible, tout est toujours possible. Dieu avec nous, ce n’est pas un poids dans notre vie, une obligation, c’est une chance pour notre humanité. Disons que nous en sommes heureux pendant ces heures de fête pour que cela se reflète ensuite dans le cours et le quotidien de nos vies.
Noël est une ouverture de lumière. C’est la rencontre du temps et de l’éternité. Noël, c’est l’heure de renouveler ce que le temps à usé. Noël, c’est la fête des fous de joie et aussi des gens tristes, d’une tristesse infinie. Noël, une naissance dans la nuit, un sourire à la vie.
Que ce Noël soit sans peur. Que les cadeaux, les mains tendues, les vœux et compliments soient traversés par nos meilleures intentions! Que la joie soit plus joyeuse, la tristesse moins triste! Que Dieu vive dans l’enfant de Bethléem et qu’il nous rejoigne demain et après!
Et qu’en cette nuit, par notre présence à cette assemblée nous osions refaire tout simplement ce vieux geste de prendre un peu de pain et un peu de vin en mémoire de Lui et de nous redire de cette façon que le partage est souvent, à quelque part, le début, une naissance, partage que nous continuerons dans la fête de famille ou avec des amis.
En partageant ce pain et cette coupe, souhaitons-nous la paix, le bonheur, un très Joyeux Noël!