« Chemin
faisant »
«
Chemin faisant …» remarque l’évangéliste Marc.
L’image est belle. Elle dit tout le sens de ce passage d’Évangile.
L’évangile passe au milieu de nous, comme Jésus passait
sur les routes de son temps en saluant les gens. L’Évangile nous
invite à entrer
dans un itinéraire de vie.
Une conversation en marchant, tout simplement, comme on en a tant de ces conversations,
et comme Jésus a dû en avoir avec ses disciples. Et soudain une
question : «Pour les gens, qui suis-je? ». Avouons que la question posée à brûle-pourpoint
a de quoi surprendre. Et les disciples disent leurs perceptions : pour les
uns, Jean Baptiste, pour d’autres, Élie, un des grands prophètes … Autant
de personnages entrés dans la légende.
«Chemin faisant » Jésus s’interroge sur lui-même,
sur son identité, sur le sens de sa vie, sur son itinéraire de
vie. À une
question comme celle qu’il pose, la réponse est toujours embêtante.
Ne nous arrive-t-il pas, à nous aussi de nous préoccuper de ce
que les gens autour pensent de nous. Jésus nous ressemble à cet égard.
En poursuivant son chemin et son interrogation, il pose la même question,
mais cette fois à ses disciples : «Et vous, que dites-vous? Pour
vous qui suis-je? » Vient la réponse de Pierre, tel un cri :
«Tu es le Messie » . Pierre qui avait accompagné Jésus
depuis un certain temps, voyait en lui le Messie, fort, triomphant. D’où la
réaction si vive de Jésus «Arrière Satan ».
C’est
le même Satan qui était venu hanter Jésus au désert
: «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à ces pierres de devenir
du pain : Jette-toi en bas du temple …» comme s’il
offrait à Jésus
de sortir de son itinéraire humain pour devenir ce Messie fort. Pierre
en était encore là : un Messie en dehors de notre condition humaine.
Jésus, lui, en prophète parle des défis qui l’attendent
et qui font partie de toute vie humaine du défi de la vie et de la mort.
C’est une interrogation et une conversation qui invite à se mettre
en route. La vie et la foi sont un itinéraire à emprunter pour
vivre et pour vivre jusqu’au bout. Personne ne peut emprunter et vivre
cet itinéraire à notre place. Pas même Jésus. C’est
l’avertissement qu’il donne à ses disciples.
Cette question de Jésus : «Qui suis-je, au dire des gens? »
nous rejoint; elle est toujours très actuelle. Au fond, elle rejoint
l’expérience
que nous faisons chaque jour auprès des personnes avec lesquelles nous
vivons. Nous n’avons jamais fini de les découvrir, nous ne les
connaissons jamais assez, ou bien comme Pierre notre idée est toute
faite, bien arrêtée.
Il en est de même de notre souvenir de Jésus. Chacun de nous,
chaque communauté chrétienne travaillent à en faire la
découverte
au fur et à mesure de son expérience, de son évolution particulière.
L’important,
c’est de ne jamais oublier que la découverte
de Jésus ne peut jamais se faire en essayant de mettre en veilleuse
la dimension humaine de sa vie qui est le lieu du dévoilement de Dieu.
Dans notre cheminement de foi, il est inutile de vouloir sauter des étapes.
Dans la question qu’il pose à ses disciples, Jésus veut
lever les ambiguïtés : il répond lui-même à sa
propre interrogation en se rapportant à l’expérience qu’il
assume lentement; il se définit comme un homme dont l’itinéraire
ressemblera par bien des côtés aux nôtres, avec son lot
de joies, de souffrances, d’espoirs déçus et repris. Ce
n’est pas une exaltation de la souffrance pour la souffrance. La souffrance
est aussi le lot de toute vie qui cherche à aller au bout d’elle-même.
Ce passage de Marc nous ramène à plus d’humilité sur
nos affirmations trop rapides comme celle de Pierre, pour nous redire que la
foi est une expérience à faire, à vivre et à une
lecture de la réalité chrétienne qui ne peut surgir que
de notre expérience humaine. Répondre pour soi à la question
de Jésus, c’est refaire le cheminement de foi que suggère
Jésus lui-même. La tentation qui nous guette comme personne et
comme groupe chrétien, c’est de sortir Jésus de son expérience
humaine, pensant par là donner plus de force à notre espérance.
Tout comme ce fut le cas pour Jésus, la vie croyante ne peut éviter
les cheminements humains. «Porter sa croix a pris un sens dans la mort
de Jésus », c’est accepter que notre itinéraire de
foi est d’abord enraciné dans notre humanité et prend les
risques que Dieu se révèle dans nos itinéraires humains.
De Dieu, nous ne pouvons saisir que la trace inscrite dans l’itinéraire
de nos vies. Nous souvenir de Jésus à même son expérience
humaine. Le reconnaître dans la totalité de sa personne et de
son expérience. Voilà pourquoi nos communautés chrétiennes,
tout comme notre expérience humaine est toujours un chantier ouvert à la
vie et à ses risques. C’est pour cela que nous avons besoin de
chacun et de chacune d’entre nous pour construire ensemble cette communauté,
pour l’habiter. Voilà aussi pourquoi cet appel de services est
si important pour aider chacune et chacun à mettre ses talents, ses
initiatives pour continuer, «chemin faisant », ensemble portant
toujours cette interrogation : mais qui donc est Dieu, qui donc est Jésus?
Quel est le sens de notre itinéraire? Qui sommes-nous?