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La Nuit de Noël

C’est toujours et jamais la même histoire

Guy Lapointe

Guy Lapointe

Luc 2, 1-14

Nuit de Noël… Un récit de naissance tellement coloré. On aime bien réentendre ce récit. À chaque année, je me pose la même question et je vous la pose : pourquoi nous rassemblons-nous dans l’obscurité, au seuil de la nuit, pour nous souvenir de la naissance de Jésus, pour chanter nos vieux cantiques qui ont traversé le temps, cantiques pleins de foi et de nostalgiGuy e? Simple tradition ou accomplissement d’un geste d’espérance? On entend le silence de la nuit, mais en même temps les anges chantent, les bergers, toujours aussi calmes la nuit, chantent et nous aussi… On pourra se dire qu’avec le chant, les chanteurs de mi-nuit ne changent pas la face du monde et que les chants ne sont pas très efficaces pour donner du travail aux chômeurs et du pain aux affamés. C’est peut-être vrai. Mais il faut croire à la force des chants. Ils sont capables de renverser les pires murailles. Ces chants tentent de dire la Bonne Nouvelle: Dieu rejoint l’humanité : hommes, femmes et enfants de tous les espoirs et de toutes les désespérances.

Au fond,on entend et on raconte toujours la même histoire et pourtant jamais la même histoire. C’est pour cela qu’il est né, Jésus, pour labourer toujours et jamais la même histoire. Alors quel sens donnons-nous à Noël?

Il y a quelques semaines, un journaliste d’ici (Stéphane Laporte, La Presse samedi, 27 novembre) a écrit une chronique sur le temps des Fêtes. Dans sa chronique, il en vient à se poser la question: « pourquoi on fait tout ça? » Après avoir décrit tout ce tourbillon de la préparation à Noël, il écrivait que ce qui manque souvent dans tout cela, c’est le sens. Quel sens donnons-nous à nos actions du temps de Fêtes? Qui se rappelle le motif de cette joie qu’on se souhaite? Bonne question… Les réponses ne sont pas si simples. Et si nous sommes ici, ce soir, c’est que nous tentons, sinon de trouver, surtout de nous rappeler le sens de cette naissance. Dieu qui nous fait signe dans la naissance de Jésus. La parole et l’amour de Dieu ont pris figure humaine. Mais le sens est toujours à trouver pour ouvrir ce temps et notre avenir.

Sur la route de Noël, Dieu n’est-il pas venu parmi nous pour y rester. Nous avons à accueillir cette naissance, la reconnaître sans cesse dans nos vies. En Jésus, Dieu ne s’impose pas, Il ouvre notre désir. Il me semble que l’événement de la naissance de Jésus n’est pas surtout derrière nous, mais devant nous! Dieu est venu pour partager notre existence humaine, autant nos angoisses que nos amours et nos désirs d’infini. D’une certaine façon, on peut dire que la nuit est bien avancée et que le jour est proche… Il y a de la lumière chez Dieu. Cette lumière a quitté son ciel pour venir éclairer le secret d’une maison, ou d’une mangeoire… « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière » avons-nous chanté. À cet égard, Noël a quelque chose de lumineux qui éclaire notre marche et ne supprime pas nos attentes. Noël ne détourne pas du quotidien. Noël n’éloigne pas du monde, de ses douleurs et de ses joies. Bien au contraire.

Noël est la fête de tous ceux et toutes celles qui sont en quête de vie et d’espérance. Noël est la fête de tous les pauvres de cœur, de tous ces gens qui cherchent la justice et la vérité, de tous les assoiffés de paix qui travaillent à donner plus d’espoir et d’amour et donner de la lumière ici, en Haïti, en Irak et dans tous les peuples de la terre. Reconnaissons que Noël est la fête de ces femmes, ces hommes et ces enfants de bonne volonté. Et c’est tout cela que nous tentons de retrouver quand on fait la fête pour célébrer la naissance.

Mais où est-il donc ce Dieu qui vient? Il est au milieu de nous. Quand on réentend ce récit merveilleux de la naissance, c’est la rencontre de la terre et du ciel. C’est un récit qu’on écoute à plein corps. Le récit de la naissance de Jésus est une histoire qui raconte le mystère de la vie, qui reste toujours un profond mystère. Mais c’est, au départ, un pari et une foi profonde en ce Dieu qui prend figure humaine et qu’on ne sait trop comment raconter, si ce n’est dans la poésie de notre foi, de notre vie.

Alors à tous les blessés de la vie, les inquiets, les veilleurs, les cœurs amoureux, je redis : un enfant vient parmi nous. On l’appelle Fils de Dieu. Il est bien vivant. L’amour de Dieu est « mis au monde » en Jésus. Nous fêtons une autre fois le souvenir et la célébration de sa naissance. Alors, Joyeux Noël à vous!

Communauté chrétienne Saint-Albert-Le-Grand de Montréal