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Premier dimanche du Carême (C)

Jésus au désert

21 février 2010

Caroline Saint-Bonnet

Luc 4, 1-13


Caroline Saint-Bonnet

Désert.
Terre de nos rêves, terre mystérieuse.
Terre de silence et de solitude,
terre de mort,
terre désolée sans eau où toutes traces s'effacent.
Désert où la vie parfois surgit contre toute attente.
Si l’eau est là, l'homme transforme le désert en une oasis de verdure.
Le désert nous surprend car il porte la vie au plus profond de lui-même.

C’est le premier jour de notre marche, de notre pèlerinage. Nous avons pris le risque de nous déplacer tout à l’heure, déplaçons-nous intérieurement, près, tout près de Jésus au cœur du désert.

Premier jour de marche : pour Jésus, tout est encore à faire, et il commence par partir au désert.
Avant d’entrer dans sa vie publique, Jésus se retire et nous, nous entrons en carême.

Avec quel bagage partons-nous ? De quoi sommes nous vêtus pour la route ?

Vêtus de nos souvenirs, de notre mémoire
Souvenons nous alors, comme Moïse se souvient lui-même de ses Pères, « Je suis le fils d’un Araméen », Jésus s’est souvenu lui-même du peuple qui l’a précédé, souvenons-nous des traversées de déserts qui précèdent la nôtre, de nos propres traversées aussi, de nos marches, de nos rencontres de foi, de nos alliances avec notre Dieu.

Jésus se souvient :
Avant d’entrer dans la terre promise, le peuple des Hébreux lui-même y a passé quarante ans. Lui aussi a dû affronter la tentation du découragement, du doute.
Quarante ans pour le Peuple, quarante jours pour le Christ.
Et le peuple a reçu les 10 Paroles, les 10 commandements : Jésus fait mémoire de ces paroles reçues, actualise l’alliance : « ce n est pas seulement de pain que l’homme doit vivre » « tu adoreras Dieu seul », « tu ne mettras pas le Seigneur ton Dieu à l épreuve »…

En Hébreu, Le mot désert semble pouvoir signifier, entre autres sens, « Dans la parole ».
      Alors me tenir au désert, cela voudrait-il dire me tenir dans la parole ?
Comment puis-je me tenir dans la Parole de Dieu durant ces quarante jours de marche vers Pâques ?
Comment Jésus se tient il lui-même dans la parole ? Et qu’est ce que cela veut dire ?

  • Avec quelle parole reçue, et habité de quelle présence se tenir là, dans ce lieu de solitude ?

Au moment où nous sommes dans l’Evangile, Jésus n’a encore rien dit, ni fait; il a seulement reçu le baptême et cette Parole : « Celui-ci est mon fils bien aimé ». Rien d’autre encore que cette phrase reçue au Jourdain ne fait de lui le Messie tant attendu.
Mais comment être fils de Dieu, comment vivre en Fils bien-aimé… L’éventail des possibles s’offre à Jésus et l’enjeu est immense. Il n’a encore ni adversaires ni apôtres, ni même disciples
et pourtant déjà il affronte la tentation : Que signifie « être fils de Dieu » ?

  • Notre carême est un chemin de doute :

-De qui sommes nous ?
« Si tu es le Fils de Dieu… ». Par l’usage d’un petit mot de deux lettres, SI, le tentateur insinue le doute.
Jésus ne se laisse pas ébranler. Il a une réponse à la tentation de croire que le doute aura le dernier mot.
Plus tard, la tentation du doute se représentera, quand il sera dressé sur la croix : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de là… » Là encore, il s’en remettra au Père en qui il met toute sa confiance.
Aujourd’hui Il part habité par cette parole de confiance et d’amour du Père, part-il au désert d’un pas sûr comme un fils sûr d être aimé ?

Et nous-mêmes, osons nous recevoir ces mots du Père : « tu es mon fils, ma fille bien aimée »?
Partons-nous en carême habités par cette parole de confiance ?

Ayons l’audace de laisser le doute creuser en nous la réponse de notre origine, et comme Jésus, dans son assurance intime en Dieu, avançons vers Pâques en filles et fils bien aimés.

Comme lui : avec la mémoire de ce que Dieu a fait pour nous, avec la Parole qu’Il nous donne. Comme lui, partons quarante jours dans le désert. Pour éprouver notre être.
Pour affronter aussi nos vieux fantômes, entendre avec courage nos récurrentes tentations intérieures, celles que nous connaissons bien.
Le désert est peuplé des bêtes sauvages qui nous hantent, nos peurs, nos doutes...

Alors qui viendra nous tenter,au cœur de notre carême ?

Nous connaissons bien les tentations, elles visent à nous faire croire
que nous pouvons calmer notre faim en un moment,
que nous n’avons qu’à nous laisser porter,
qu’il suffit d’être conforme au pouvoir des hommes pour obtenir la gloire.
C’est un marché de dupes dans lequel Jésus n’entre pas : « Tu adoreras Dieu seul ». Il est si facile
de céder si nous n y prenons pas garde, et de choisir la dépendance : de notre activisme, de nos besoins de reconnaissance, de nos désirs de posséder... La tentation d’en faire trop, sans réaliser que nous y perdons notre liberté,

Regardons d’un peu plus près encore

  • Être nourri, porté, prosterné : tentations de régression à l’état d’enfance :
    trois images qui indiquent combien nous sommes diminués, en nous laissant prendre à ces pièges qui nous tentent.
    Pire encore ; tentation de croire que cet asservissement est le désir de Dieu, le tentateur tente-il pas avec la Parole ?

40 jours pour éprouver notre liberté

Or Jésus rend à la Parole sa juste place pour une juste vie. Il refuse qu’on la détourne à des fins d’asservissement.
Jésus répond en fils de Dieu. Contre toute esbroufe, contre tout artifice.
Il refuse d’être nourri, prosterné, porté de vanités, et demeure fidèle à l’amour et à la parole qui libèrent. Pour être soi en toute liberté.

La Parole de Dieu est une parole qui affranchit. Dieu aime que nous soyons debout.

Le tentateur peut s'éloigner.

Jésus retournera en Galilée. Nous retournerons bien à nos tâches.
Au fil des jours de son ministère, le Christ devra refaire ce choix : aimer et servir coûte que coûte.
40 jours de désert, où il aura été éprouvé dans sa confiance en Dieu,
40 jours comme la source même de sa vocation, qui le feront tenir jusqu’au bout, pour guérir et enseigner les hommes en manque d amour.
40 jours ne nous suffiront pas, bien entendu, pour atteindre cette liberté si grande, pour aimer et servir à notre tour. C’est le pèlerinage de toute notre vie.
Et si nous partions en marche…
Non pas pour trouver Dieu, ni même pour le chercher,
partir pour se laisser trouver par Lui, pour écouter ce qu il aura à nous dire dans la brise légère.


 

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