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8e Dimanche du Temps Ordinaire (A)

26 février 2017

Is 49,14-15

Mt 6, 24-34

Mes priorités?

Yvon D. Gélinas

 

Regardez les oiseaux du ciel ; Observez comment poussent les lis des champs. Et avant tout cela : ne pas servir à la fois Dieu et l’Argent. Serions-nous invités par ce texte évangélique à entrer dans un monde bucolique, charmant certes mais en même temps quelque peu irréaliste. En tout cas, un monde qui n’est pas celui que nous connaissons habituellement avec ses besoins et soucis légitimes pour nous-mêmes et pour ceux et celles dont nous avons la responsabilité. Un monde de dépouillement qui n’est pas sans grandeur mais qui ici encore n’est pas réalistement responsable. L’Évangile nous inviterait à fermer les yeux béatement sur les besoins de chaque jour, nous en remettant aux forces bienveillantes de la nature. Un peu l’impression aussi de s’abandonner à une joyeuse liberté de tête heureuse qui laisse à d’autres les soucis, les travaux et les peines. Demain aura souci de lui-même. Une parole d’Évangile prononcée cependant par celui qui a donné toute sa vie, tous ses soins au service d’un salut spirituel et matériel pour les autres, Celui qui aussi s’interrogeait sur le sens et la portée de sa mission, qui se retirait dans le silence pour refaire ses forces avant de poursuivre son chemin de guide et de modèle à suivre. Celui qui la veille de son arrestation et de sa mise à mort a offert un repas à ses amis. Est-ce que nous ne sommes pas un peu trop tentés de lire cet évangile de manière trop littérale pour en arriver à se dispenser d’aller au fond des choses, au profond du message ?     

Regardons bien qu’ici « Argent » s’écrit avec une majuscule. L’Argent comme idole à servir au lieu de reconnaître le Dieu créateur et soutien de vie. Et encore, les soucis du vêtement et de la nourriture sont présentés comme excessifs pour ceux qui ne sont pas dans le dénuement et la famine. Au plus creux de la misère, un souci et un désir d’échapper à une triste condition ne saurait être dénoncés. La question que nous pose d’abord ce texte c’est de savoir si nous mettons tous nos désirs et nos soins dans l’avoir plutôt que dans l’être, surtout dans le désir d’avoir toujours plus. Comme des enfants gâtés qui veulent tout avoir toujours et plus encore. Des enfants qui laisseraient à d’autres de veiller à leur bien-être. Des enfants irresponsables qui n’ont pas souci de mettre la main à la pâte, se fatigant un peu pour subvenir au nécessaire. Des enfants qui ne penseraient qu’à eux-mêmes oubliant ceux et celles qui ont besoin d’eux, qui attendent d’eux.         

Quelles sont mes priorités dans la vie ? N’est-ce pas la question qui se pose ici à nous ? Pas des priorités uniquement d’ordre matériel mais des priorités au sens de ce qui donne vraiment sens à ma vie. Le disciple du Christ et de son Évangile ne peut faire l’économie de vérifier ses choix et ses options dans le quotidien des tâches et du chemin à marcher.      

Il y a bien ici l’expression de devoirs à accepter et à s’efforcer d’accomplir, mais n’oublions pas ce qui rend ces devoirs légers à porter, même, heureux à vivre et accomplir. Le regard sur les oiseaux du ciel et les lis des champs nous fait découvrir que nous ne sommes pas seuls dans un monde compliqué et exigeant, condamnés à continuellement s’empêtrer de soucis obsédants, parfois inutiles. C’est un appel à considérer de qui nous tenons la vie, et le sens de la vie. Un Dieu qui a soin de ses enfants, qui connaît nos besoins, et qui répond à nos attentes même si souvent cette réponse vient dans le silence et l’obscurité : Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes volontés sont au-delà de vos volontés. Oui il y a souvent nuit et absence mais demeure vraie et toute de force la parole que rapporte Isaïe : Même si ta mère t’oubliait, moi je ne t’oublierai pas. Ce Dieu-là fait naître en nous la confiance.        

Une confiance qui n’est pas abandon de nos devoirs et responsabilités, mais qui nous donne appui et nous tourne vers toutes ces possibilités que le Seigneur a semées en nous. Des possibilités qu’il faut parfois secouer et réveiller pour bien voir que la confiance en Dieu ce n’est pas d’une marionnette dont un autre tire les fils pour la faire agir, mais la révélation que le Seigneur nous a voulus dignes et capables de nous prendre en charge, et même de contribuer à ce que d’autres puissent aussi se prendre en charge.      

En nous invitant à tourner nos yeux vers les merveilles et le bel agencement de la nature, le Christ nous invite aussi à porter sur lui notre regard. Il a été sur notre terre l’homme avec et pour les autres, confiant et espérant dans l’amour du Père, et aujourd’hui encore il donne sens à cette parole qu’il nous adresse« ; demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine.       

 

 

Communauté chrétienne Saint-Albert-Le-Grand de Montréal