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Funérailles du frère Yvon Dominique Gélinas

Yvon Gélinas

22 décembre 2018

Rm 8, 18-26

Jn 13, 1a.14, 1-6  

Luc Chartrand

Les versets proclamés à l’instant revêtent une importance particulière pour nous ce matin. À la suite des disciples, nous portons des interrogations semblables. Après le lavement des pieds et la trahison de Judas, Simon Pierre interroge Jésus en ces termes : « Seigneur, où vas-tu? » Cette question nous habite également. Devant la mort d’un proche, l’énigme refait surface. Encore une fois, notre cœur est troublé. Comme Thomas, nous ne savons pas où le Seigneur Jésus se trouve et notre frère Yvon à sa suite.

Cette interrogation est légitime. D’ailleurs, Jésus la prend en considération en affirmant : « que votre cœur ne se trouble pas ». La conséquence de ce propos est une invitation à revenir sur notre lien avec Dieu et le Seigneur Jésus, « vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». La foi en Dieu passe par la foi en Jésus. Toute la prédication de notre frère Yvon est profondément marquée par ce passage. Il s’est aventuré à nous parler de Dieu, par sa relation avec le Seigneur Jésus. Il a été un chercheur de Dieu au croisement de l’expérience humaine et de la Parole de Dieu. Après avoir appris la nouvelle du décès de notre frère, une femme me transmettait un bref message : « J’aimais beaucoup ce grand prédicateur si humain et imprégné de l’Évangile! ».       

La personne humaine est appelée à s’accomplir : notre frère a pris au sérieux cette première vocation. Il a saisi dès son jeune âge l’importance d’emprunter différents chemins pour s’approcher du mystère de Dieu. « Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures ». 

Avec le temps et la maturité, différentes voies sont devenues pour lui des interpellations à se laisser habiter par différentes quêtes de sens. Les arts, particulièrement la musique et la peinture, l’histoire dont il a fait sa passion, les services à rendre aux institutions universitaires.  L’Université de Montréal, l’Institut de pastorale et le Collège universitaire dominicain ont été autant de demeures où notre frère a investi courageusement et généreusement le meilleur de lui-même.

Pour aller à Dieu, les chemins sont multiples, ce matin nous en avons un témoignage éloquent. Pourtant, l’extrait de l’évangile de Jean d’aujourd’hui, laisse entendre « un » chemin. De plus, il est censé être connu de nous. C’est par la relation au Seigneur Jésus pour s’approcher de Dieu que les différentes voies, c’est-à-dire les différentes manifestations du génie humain, trouvent leur unité. Par son engagement dans la communauté des Frères prêcheurs, notre frère a voulu témoigner de sa contemplation de la Parole de Dieu. Il l’a fait, bien sûr, par une prédication qu’il préparait souvent avec d’autres personnes à la Communauté chrétienne Saint-Albert, mais aussi dans le silence de sa chambre et par la contemplation. Son intérêt pour l’histoire en a fait un professeur dévoué à ses étudiantes et étudiants. Son sens du devoir, dans le contexte du monde universitaire l’a conduit à assumer des responsabilités, tout particulièrement celle de Doyen de la Faculté de théologie du Collège dominicain. L’Ordre des Dominicains au Canada n’a pas été négligé pour autant : il a accepté la responsabilité de Régent des études et de Prieur du Couvent Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa. Sa conviction de l’importance d’un ministère en Église l’a conduit durant ses années d’enseignement à l’Université de Montréal à être vicaire dominical à la paroisse Saint-Six. Avant la fin de ses années de vie active, il devient le curé de notre paroisse Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa. Malgré la fatigue envahissante de toutes ces années de service et une santé fragilisée sérieusement, notre frère demeurait fidèle à la prédication et à la présidence des eucharisties de la Communauté chrétienne Saint-Albert-le-Grand, engagement commencé il y a plus de trente ans.         

Ces voies multiples lui ont permis de vivre sa vie dominicaine, comme il l’entendait, de manière à être un vrai disciple. Ainsi, il a pu découvrir le chemin et parvenir à ce lieu préparé par le Seigneur Jésus.          

Ces derniers temps, particulièrement les derniers mois, courageusement, au point d’aller bien au-delà de ses limites, le frère Yvon a mis son espérance en cette « gloire qui doit être révélée en nous », dont l’apôtre Paul parle, quand il s’adresse aux Romains. Le moment de « l’adoption, (de) la délivrance pour notre corps » est devenu maintenant une réalité pour lui. À sa manière, notre frère nous invite à emprunter les différentes voies qui sont les nôtres, comme il l’a fait, pour découvrir le Chemin, à travers les nombreuses vérités rencontrées qui nous conduiront à la Vérité, le jour où la Vie nous sera accordée en plénitude.      

En terminant, je voudrais assurer de notre soutien Monique, son unique sœur qu’il affectionnait tant. Nos prières vous sont assurées.