Bandeau de la communauté


Imprimer

Voir le déroulement de ce dimanche

Deuxième dimanche du Temps Ordinaire

20 janvier 2019

Se laisser transformer

1Cor 12, 4-11

Jean 2, 1-11

Luc Chartrand

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, personne n’occupe la « bonne place »! D’ailleurs, notre souvenir de ce récit se résume souvent de la façon suivante : Marie demande à son fils Jésus d’intervenir pour réparer un manque dans l’organisation d’une noce, le manque de vin. Cette manière de raconter cet événement fait de Jésus un homme bon, venant au secours du « manque » chez les humains.       

Luc ChartransNous sommes en présence, ici, d’une femme qui ne demande rien. Toutefois, la réaction de Jésus laisse bien entendre qu’elle a déclenché quelque chose en lui. L’affirmation, en réponse à l’observation de cette femme, l’indique par cette précision : « Mon heure n’est pas encore venue ». Nous avons le droit de nous demander : quelle est donc cette heure? D’ailleurs, la suite nous situe en plein paradoxe. Alors que ces derniers mots nous laissent croire à un refus d’agir, voilà Jésus qui dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres ». L’heure n’est pas venue, mais la situation donne lieu à un rendez-vous. Le moment n’est pas venu…, mais Jésus n’hésite pas à commencer sa vie publique, comme la fin de l’Évangile l’indique « tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit ».

Des jarres destinées à contenir l’eau pour les rites de purification, donc ayant un rôle religieux, serviront à un tout autre usage. Leur utilisation habituelle sera transformée. Le maître du repas ne fait qu’en prendre acte. Comme nous, ce dernier n’assiste pas à la transformation. Il ne fait que la constater. Ses remarques au marié montrent l’énigme dans toute son ampleur : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon ».   

Le changement semble maintenant apparaître dans toute son ampleur. Les jarres font référence à un rite de l’Ancienne Alliance. Elles sont détournées de leur fonction première, celle de la purification qui précède tout repas. Elles serviront maintenant à faire boire, et pour boire du très bon vin. Ici, c’est Jésus qui se charge de fournir le vin. C’est à travers la réaction du maître du repas qui appelle le marié que nous le découvrons. En faisant appel à celui-ci, il indique bien la personne qui devait assumer la responsabilité de pourvoyeur du vin. Jésus s’investit en quelque sorte du devoir du marié.      

Une noce nouvelle vient en quelque sorte se substituer à l’ancienne. Le manque de vin manifeste son épuisement. Plus rien n’est à sa place.  

Les noms des mariés ne figurent pas, alors que ce sont les principaux intéressés. Le nom de la mère de Jésus est substitué par le qualificatif « femme ». Les jarres portant l’eau pour la purification deviennent les contenants du très bon vin. Quant au mari responsable de l’approvisionnement du vin, il est remplacé par Jésus.        

Tous ces déplacements ne nous invitent-ils pas à penser qu’il s’agit de nous dans ce récit? Pour la manifestation du premier signe, Jésus choisit d’entrer en scène à l’occasion d’une noce. Jésus s’inscrit donc du côté de la vie. De plus, les jarres destinées au rite de purification ne contiennent plus de l’eau, mais du vin qui réjouit le cœur des hommes et des femmes. De plus, le vin deviendra le signe du don de sa vie pour l’humanité. Jésus marche dans nos espaces de vie pour les transformer. Ce que nous portons d’espérance, de joie, mais aussi d’inquiétudes et de souffrances, tout cela est appelé à être transformé : les premiers pour être vécus avec encore plus d'intensité, les autres pour nous rétablir dans notre véritable condition.    

À cette noce, il est question de manque… Dans nos vies, il en va également de même, comme nous l'avons évoqué précédemment. Ce premier signe à Cana vient nous parler d’une présence qui nous accompagne au quotidien. Il s’agit d’une présence qui de manière discrète nous assiste dans tous les changements que nous avons connus et que nous connaîtrons certainement encore. Il s’agit alors pour nous de multiples transformations en nos existences qui exigent du temps. Comme le bon vin demande une longue maturation des raisins, nos corps, nos esprits, nos cheminements demandent également que nous soyons patients et patientes envers nous-mêmes. C'est à cette condition que ce premier signe peut inaugurer une multitude d'autres, qui ne cessent de nous inviter à célébrer la présence de Dieu à l’humanité. Dieu se situe du côté de la vie, les noces de Cana en témoignent d’une manière éloquente!