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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





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4e Dimanche du Carême (C)

31 mars 2019

Le fils prodigue

2 Corinthiens 5, 17-21          Luc 15, 1-3.11-32

 

Hubert de Ravinel et Claire Blanchard

Hubert Doucet      

Claire et moi, nous avons ensemble échangé et réfléchi sur la parabole du fils prodigue et cette homélie est donc le résultat de notre collaboration.



Cette parabole de l’enfant prodigue que nous venons d’entendre m’apparait être la quintessence de la foi chrétienne et l’un des passages fondamentaux des Évangiles. Ce récit, au cœur du message chrétien, m’a toujours beaucoup ému.  

 En effet, peut-on imaginer accueil plus chaleureux, plus aimant que celui du père? La mère était sûrement dans les parages, mais l’évangéliste a probablement oublié de le mentionner… Il semble donc évident que les parents de ce jeune homme aiment profondément leur fils car, en dépit des frasques de ce dernier, son retour à la maison suscite une immense joie et le pardon qu’il vient implorer lui est accordé alors qu’on aurait pu s’attendre à ce qu’il reçoive d’amers reproches.      

Oui, l’allégresse est grande car il est revenu le fils cadet tellement attendu et la vie misérable qu’il a menée, disputant sa nourriture aux porcs, n’est plus qu’un mauvais souvenir.     

Ce récit a certainement des résonances en chacun de nous qui avons sans doute vécu, à un moment ou l’autre de telles joies lors du retour inespéré d’un être cher ou encore d’une bienfaisante réconciliation après une douloureuse rupture.       

Toutefois, nous dit l’évangéliste, cette joie est loin d’être partagée par le frère ainé resté bien sagement à la maison, fils respectueux, obéissant aux ordres du père. On peut aisément comprendre qu’il vive comme une grave injustice le traitement de faveur accordé à son frère, et qu’il en ressente une profonde amertume. Ce retour du frère accueilli comme un grand seigneur lui donnera peut-être l’occasion de se rendre compte de l’immense bonté de son père. On peut également espérer qu’un tel exemple de pardon accordé par le père au fils cadet puisse aider le fils ainé à cheminer vers la lumière.      

Ne nous est-il pas arrivé devant des gestes de bonté gratuite d’être amenés à nous rendre compte de nos mesquineries, de souhaiter rectifier certains de nos comportements ou d’ouvrir notre cœur de façon plus généreuse ? 

Mais revenons à ce fils prodigue dont la conduite répréhensible a blessé profondément ses parents. Oui, je l’aime ce jeune homme parce qu’il lui faut certainement une bonne dose de courage et d’humilité pour décider de prendre le chemin du retour. Conscient de ses errements il ressent sans doute qu’il pourra faire confiance à ce père affectueux qui aura, espère-t-il, la grandeur d’âme de lui pardonner. À son arrivée à la maison, il se jette donc à ses pieds et reconnait ses torts.        

D’expérience, nous savons que demander pardon n’est jamais facile et exige ce même courage qu’a eu l’enfant prodigue. Le faire c’est accepter le risque que l’autre refuse d’accorder ce pardon. Mais le père nous donne ici l’exemple d’une bonté de cœur capable d’oublier la peine, l’inquiétude et le ressentiment entrainés par l’ingratitude de son fils.      

Nous pourrions croire qu’un tel exemple de patience et de bonté n’est pas à notre portée au quotidien:       

Comment éprouver cette soudaine allégresse et cette capacité de pardonner alors que nous avons vécu dans l’inquiétude et la souffrance, en particulier devant le départ inexpliqué d’un être aimé? Ou dans d’autres circonstances de nos vies lorsque, par exemple, nous nous sommes sentis trahis ou abandonnés? Nous ne sommes tout de même pas des héros de la générosité, ni d’admirables modèles de vertu!   

Je crois cependant possible de pardonner du fond du cœur et d’accueillir celui ou celle qui nous a offensés, dans la mesure où, au quotidien, nous nous efforçons de découvrir ce qu’il y a de beau et je dirais même ce qu’il y a de divin dans la nature humaine. Si la parabole du retour de l’enfant prodigue nous interpelle autant c’est que Jésus, en nous la présentant, veut nous inviter à réfléchir au sens et à l’importance du pardon. 

Le Christ déclare être venu non pas pour les bien-portants mais pour les malades… Enfants privilégiés du Christ, nous nous savons néanmoins capables de blesser, de refuser la main tendue, de tourner le dos à celui ou celle qui nous a trahi ou de ressentir de la jalousie lorsque le sort nous désavantage.

Reprenons les paroles du Notre Père dont les mots nous sont si familiers : pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux et celles qui nous ont offensés. Nous demandons donc le pardon du Père, comme le fait l’enfant prodigue et nous espérons que ce pardon nous sera accordé.

Et lorsque nous disons : comme nous pardonnons à ceux et celles qui nous ont offensés, arrivons-nous toujours à pardonner vraiment, profondément à ces personnes qui, un jour ou l’autre, tout au long de notre vie, nous ont fait du mal, ont répandu des faussetés à notre endroit, ou ont blessé quelqu’un de notre entourage, etc. ? Voila autant de défis bien réels et qui nous demande, me semble t-il de transcender notre propre douleur afin de reconnaitre que l’autre est un être souffrant, qui s’est égaré et qu’il a sans doute besoin de notre pardon pour sortir de ses ténèbres.   

En terminant, je laisse à notre réflexion ces quelques interrogations que nous pouvons considérer avec les yeux de la foi.         

Y a-t-il dans mon entourage certaines personnes avec lesquelles il m’est difficile d’entrer en relation? Si oui comment m’efforcer à mieux les accueillir?       

Est-ce que j’ai du mal à pardonner? À certaines personnes en particulier?        

Concrètement, dans mon quotidien, comment porter un regard d’amour envers quelqu’un qui m’aurait fait du mal sans ensuite s’en excuser?

    
Je pense que le Christ doit également souffrir de voir tant de ses enfants aux prises aujourd’hui avec les plus grands malheurs.

     
Comment se réjouir du bonheur des autres alors qu’il nous arrive d’aspirer à ce même bonheur? 

Certes vivre selon l’Évangile et garder son cœur ouvert ne se fait pas facilement. Les paroles de Jésus que nous essayons de conserver vivantes dans notre quotidien sont là pour soutenir notre foi et, comme pour l’enfant prodigue, nous rappeler que Dieu est bonté et reste présent en nous indiquant la voie à suivre.