CCSA






Communauté chrétienne St-Albert le Grand




Pour les activités prochaines, voir le calendrier


Faire un don en utilisant CANADON


Voir le déroulement de ce dimanche

Dimanche des Rameaux (C)

14 avril 2019

Béni soit celui qui vient

Luc 19, 28-40      Is 50, 4-7      Marc 14, 12-16

Bruno Demers

Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront! C’est la réponse que Jésus donne aux pharisiens qui lui demandent de faire taire ses disciples quand ils l’acclament comme roi. Si eux se taisent, les pierres crieront. Il y a des vérités tellementBruno Demersimportantes parfois que ça dépasse les mots. Devant l’adversité, l’intolérance, les injustices, un penseur nous a invité, il y a quelques années, à manifester de l’indignation. Alors que Jésus sera confronté à une situation extrême comme celles-là, quelle sera sa réponse à lui? Nous la voyons aujourd’hui et dans toutes ces journées de la semaine sainte.  

Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Au terme de sa mission, au moment d’entrer dans Jérusalem pour célébrer la fête de la Pâque, Jésus est acclamé roi par ses disciples. Comme lors du sacre du roi Salomon, Jésus arrive sur un âne. Comme lors du même événement, le peuple exulte d’allégresse. Les manteaux qu’on étend sur le chemin sont aussi un honneur royal. On ne se trompe pas, on est vraiment devant une scène d’intronisation royale. 

Mais cette grande joie n’est pas partagée par tous. Seule la multitude des disciples escorte son roi. Aucune personne ne vient de l’intérieur des murs de Jérusalem à la rencontre de son roi. D’ailleurs les disciples ne parlent pas du Règne de notre père David. Ils acclament plutôt celui qui vient, le Roi au nom du Seigneur. L’entrée messianique n’est pas un événement politique, mais religieux. Même salué par les siens comme roi, Jésus est avant tout un pèlerin qui vient célébrer la plus grande fête religieuse : la Pâque.           

Cette désignation de roi est donc ambigüe à l’époque. C’est pour ça que les pharisiens demandent à Jésus de calmer ses disciples. En effet, si ces derniers continuent à appeler Jésus leur roi, cela va parvenir aux autorités romaines qui elles aussi se sont déplacées pour l’occasion. Un roi, cela vient contester le pouvoir de César et sa mainmise sur les Juifs. Les chefs du peuple juif ne voulaient surtout pas qu’une nouvelle émeute se produise. Il faut donc museler Jésus, pire, l’attraper et s’en débarrasser une fois pour toutes. Jésus sait bien ce qui se passe. Depuis un certain temps déjà il a deviné que son annonce du Royaume de Dieu a éveillé des malaises. Les chefs du peuple ne peuvent plus endurer cela. Jésus aura beau leur expliquer une fois encore, cela ne servira à rien Il aura beau clamer son innocence, ils le n’écouteront pas. C’est pour ça qu’au cours de son arrestation et de son procès, Jésus ne sera pas bavard. Il est évident que les accusateurs auront le dernier mot. Le souci de la justice n’y est plus. Jésus se sait désarmé. Mais il n’est pas question pour autant de baisser les bras.     

Que fait donc Jésus? Devant des enragés, il ne sert à rien de s’affoler. Jésus exerce sa défense avec un calme désarmant. Il continue à parler et à agir comme il l’a toujours fait. La réponse de Jésus à ce surplus de mécompréhensions et d’injustices est de renouveler sa fidélité à la mission reçue du Père : annoncer le Royaume de justice et d’amour dans la non violence. Non pas une fidélité qui ne consisterait qu’à durer, qu’à ternir quoiqu’il arrive. Une attitude statique et répétitive. D’ailleurs on dit que des outils, des meubles, des vêtements durent et non pas qu’ils sont fidèles.

Non, pour être humaine, la fidélité implique la conscience et la liberté. Devant une mise à l’épreuve, être fidèle consiste à revenir à son option de départ, à se la réapproprier et à chercher les voies de la continuité dans les situations nouvelles et toujours mouvantes du présent. La fidélité humaine est nécessairement créatrice. C’est pourquoi Jésus continuera de répondre avec la même détermination et sans jamais user de violence jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême limite.       

Comme l’avait annoncé le prophète Isaïe : Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.     

Pour entendre les pierres qui crient pendant cette semaine sainte, mettons-nous à l’écoute de la fidélité de Jésus. Sachons taire les bruits intérieurs et extérieurs pour mieux nous laisser toucher par l’invisible : Dieu au cœur de nos souffrances et nous dans le cœur de Dieu. Improbable rencontre qui nous ouvre à l’action de l’Esprit en nous.