
Célébrer l'eucharistie à Saint-Albert
Une recherche de foi vécue communautairement
Une communauté créative depuis 50 ans
Nous nous souvenons de Guy Lapointe
Legs liturgique de Guy Lapointe
La Communauté Saint-Albert-le-Grand se raconte par les bulletins Étapes de 1966 à 2011
Pour accéder aux archives de Silence Prière Musique CLIQUER ICI

Voici les textes bibliques de dimanche prochain, 4è du carême. On l’appelle aussi le dimanche Laetare ou dimanche de la joie. Au premier abord, c’est une appellation surprenante puisque la guérison de l’aveugle-né produit aussi des effets négatifs : plusieurs ne le reconnaissent plus, d’autres l’accusent d’être pécheur de naissance, il subit maints interrogatoires et est jeté dehors.
Alors, Jésus le cherche et le retrouve. L’aveugle-né s’ouvre à une nouvelle dimension : « Crois-tu au Fils de l’homme? » (…) « Tu le vois, c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur! » Jn 9, 35-38.
Joie de celui dont les yeux du cœur s’ouvrent
* 1 S 16, 1b.6-7.10-13a;
* Ep 5, 8 -14;
* Jn 9, 1.6-9.13-17.34-38
Cette semaine, à Silence, prière, musique, un trio magnifique : Sylvain Caron à l’orgue accompagnera deux sopranos, Claude-Marie Landré et Anne-Marie Beaudette. C’est à 18 h 30, comme d’habitude.
Le Centre culturel chrétien de Montréal offre le 19 mars à 19 h 30, dans l’église des Dominicains, une conférence intitulée Amour et Émerveillement, à propos de Maurice Zundel. Le conférencier sera Christian Boily. On suggère une contribution de 15 $.
Partage de carême
« Quel est le jeûne que je veux? (…) partager ton pain avec l’affamé, ramener chez toi le pauvre des rues, couvrir celui que tu vois nu. » Is 58, 6.7
À l’occasion du carême, la collecte du dimanche 22 mars sera remise à la Pastorale sociale de Côte-des-Neiges. Certains pourraient préférer soutenir des œuvres qui agissent à l’internationale comme Médecins sans frontières, SUCO, ou Développement et Paix qui est une organisation de l’Église.
À vous de choisir comment répondre à cette Parole.
Bonne semaine
Michèle Beaulac
Présidente de la CCSA
secretariat@st-albert.org
Depuis quelques années, le vocabulaire concernant divers handicaps physiques a considérablement évolué, ce dont bien sûr ne tient pas compte l’évangile dit de « l’aveugle-né » que nous venons d’entendre.
À l’époque de Jésus, toute maladie avait une connotation négative, le signe visible d’un péché commis par un individu ou même en rétribution pour celui d’un membre d’une génération précédente. Les disciples de Jésus n’avaient pas encore tout à fait balayé cette conception. Dans le langage populaire, le mot « aveugle » a aussi pris une tournure morale de réprobation pour décrire une personne insensible à une réalité, complètement bornée, incapable de dépasser ses propres conceptions. Le même mot ne peut plus être utilisé pour désigner un handicap physique. Il y aurait aussi le risque d’identifier la personne à son handicap, ce qui serait très réducteur : un ou une aveugle… comme si l’identité de cette personne tenait à sa différence physique. Saluons ces progrès dans notre capacité de ne pas enfermer une personne dans un langage normatif. Jésus aura beaucoup influencé ce changement par la guérison qu’il a opéré et par laquelle il a aussi ouvert nos yeux à la lumière de la foi.
S’il y a une critique dans l’évangile de ce jour, elle est dirigée vers les élites religieuses, ces gens qui ont des yeux et ne voient pas. Celui qu’ils qualifiaient d’aveugle a servi à mettre en relief leur cécité. Non sans ironie, c’est celui qui était considéré comme « aveugle » qui nous sert de guide aujourd’hui pour nous rappeler que notre cœur a été illuminé par le baptême, une naissance à la vie, une naissance à la vue.
Dans notre monde, il y a tant de manières de voir et jusqu’à un certain degré, chaque personne s’interroge : comment se fait-il que les autres voient les choses autrement ? Cette diversité peut aussi nous interpeller puisque nous voilà, avec notre foi professée en Église, dans une situation de minoritaires. Nous devenons objets de questionnement, comme l’homme guéri par Jésus. Grâce à ces différents assauts de questions de l’élite religieuse à son endroit, notre homme a finalement pu découvrir la vérité du don qui lui a été fait et l’identité de celui par qui il a eu accès à la lumière. L’élite religieuse qui avait le regard obturé par une tradition rigide n’a jamais pu comprendre ce changement, cette transformation. Tous sont demeurés dans leurs certitudes et leur cécité. Le miracle de Jésus appelait chez eux une conversion. Il les invitait à se tourner eux aussi vers la lumière, ce qu’ils ont refusé.
Dieu, en Jésus, a repêché cet homme qui avait été exclu de la société des gens bien vus. Son regard atteint le cœur des personnes plutôt que de s’en tenir aux apparences, comme nous le rappelle la première lecture. David qui deviendra le type même du Messie n’était pas le premier choix parmi les fils de Jessé, et pourtant c’est lui qui a reçu l’onction. .
Dieu voit autrement. Toute notre difficulté consiste à poser un regard semblable au sien.
Pour cela, il nous faut abandonner nos critères de jugement, s’efforcer à reconnaître une beauté, une grandeur, une dignité qui nous échapperaient à première vue. La lumière qui illumine nos yeux de baptisés ne semble pas toujours suffire. Que faudrait-il de plus ? Peut-être saisir que nous avons ces ornières qui nous aveuglent ? Peut-être recourir plus souvent, plus quotidiennement, à un regard de foi plutôt que de tout voir à vue humaine ?
Nous vivons à une époque où les uns et les autres pensent des uns et des autres qu’ils ont du mal à distinguer la vérité de l’erreur, la réalité du mensonge ou de l’illusion. Nous dénonçons mutuellement l’aveuglement de l’autre, comme pour bien s’assurer de n’en jamais faire la rencontre. Pourtant, cette altérité, cette diversité, cette multiplicité de cultures, de voies religieuses, de sensibilités politiques ou artistiques, nous y sommes exposés au quotidien. Pour se protéger de l’autre, on refuse même de le voir, de reconnaître son existence. On prend le parti de ne pas ouvrir les yeux pour rester dans un monde aux rideaux tirés sur toute intrusion d’une clarté dérangeante. Comme si nos yeux n’étaient pas faits pour la lumière. Parfois, certains sujets prendront de la visibilité, par exemple, le traitement infligé aux premières nations, mais nous retournerons bien vite à un clair-obscur rassurant.
Dieu, en ce temps de Carême, nous invite à ouvrir grands nos yeux pour laisser passer sa lumière. Cela ne manquera pas d’avoir pour effet d’élargir nos vues… à moins que comme les pharisiens, nous nous servions de Dieu pour rester à courte vue. Rappelons-nous la lumière reçue au baptême, celle du Christ ressuscité dont nous avons été illuminés et vivons en enfant de lumière, celui qui partage le regard de Dieu. Alors nous croirons en vérité, alors nous pourrons faire voir. Que Dieu libère notre regard !