« Jésus parlait à ses disciples de sa venue... »

Si Jésus parlait de sa venue, c'est très probablement que les gens qui avaient mis leur confiance en lui se posaient eux-mêmes des questions. On le sait, Jésus, pendant toute sa vie, a voulu laisser monter les questions des personnes et des groupes qu'il rencontrait. Il accueillait les personnes, avec leurs interrogations sur elles-mêmes, sur lui, bien sûr. Il les laissait parler, il écoutait leur silence. Il a ainsi construit sa vie, dans la confiance faite aux autres et à Dieu.

« Jésus parlait à ses disciples de la venue.. » On s'interrogeait sur ce que pouvait signifier le départ et le retour de Jésus. Qu'est ce qui arriverait dans la vie de ces gens qui avaient mis leur confiance en lui? Ils avaient manifesté une certaine inquiétude. Jésus a pu lire cette inquiétude. On sentait bien déjà le vide de son départ, et on s'imaginait mal ce que pouvait signifier son retour. N'est-ce pas le lot de chacune de nos vies? Que nous arrive-t-il quand les gens qu'on aime, en qui on a mis notre confiance et qui nous ont fait confiance, vont disparaître? Nous reverrons-nous? Il y a aura un temps d'absence, le temps où il faudra entretenir leur mémoire; le temps de la foi. Ce que ces personnes nous avaient fait découvrir sur nous et sur elles-mêmes, cela ne meurt pas, cela dure. N'est-ce pas faire confiance, apprendre à vivre dans la foi? Jésus n'est pas différent de nous.

Et c'est là que la parabole des talents peut nous rejoindre. Elle ne manque pas de provoquer, d'intriguer, de nous choquer. Combien de fois n'ai-je pas entendu des personnes dire : je n'aime pas cette parabole, « je l'haïs... » Mais je peux encore oser une interprétation de cette parabole dans un sens qui me rejoint et oriente ma vie. Peut-être est-ce une bonne façon de vous rejoindre!

Je me souviens d'une expérience de partage autour de ce passage de l'Évangile avec des jeunes. J'étais moi-même encore bien jeune. Toute l'attention s'était focalisée sur l'injustice de ce maître qui, à son retour, poussait la méchanceté jusqu'à enlever au troisième serviteur, celui qui avait tellement peur de lui, l'unique talent qu'il lui avait confié; et ce, pour le donner au plus favorisé, celui qui en avait déjà cinq. Si Dieu se comporte de cette manière, alors il est sans cœur comme tout bon capitaliste. On faisait remonter les images d'un Dieu-Juge, d'un Dieu pervers. Ce Dieu, disaient les jeunes, nous ne pouvons l'accueillir. Même en reprenant avec eux la parabole avec une autre piste d'interprétation, je ne suis pas convaincu que j'aie réussi. Aurais-je le même résultat ce midi?

Cette parabole des talents parle non pas d'un Dieu calculateur, injuste, un Dieu dur, mais elle parle beaucoup plus de notre façon de nous accueillir nous-mêmes, de nous faire confiance, comme Dieu nous fait confiance, avec ce qu'on est, avec nos talents qui ne sont pas tous également dispensés, on en conviendra facilement. C'est un appel à accueillir la confiance qu'on nous fait et que Dieu nous fait. Ce troisième serviteur qui a enfoui son talent, c'est lui-même qu'il a enfoui, c'est toute sa vie. « J'ai eu peur », avoue-t-il bien simplement. Sur son propriétaire qui revient de voyage, il projette une image d'un homme dur, intolérant qui ne fait pas confiance : « Je savais que tu es un homme dur, tu moissonnes là où tu n'as pas semé... » Alors que c'est ce serviteur qui ne s'est pas fait confiance à lui-même, qui n'a pas su reconnaître la confiance que le maître parti ne voyage lui faisait. Il s'est comme enterré lui-même.

Ce que Jésus tente de faire comprendre à ses contemporains et à nous aussi ce midi, à travers une parabole — et une parabole ne doit jamais être prise au premier degré —, ce sont les attentes de Dieu envers nous tous et la confiance, la foi qu'il manifeste pour que nous réussissions notre vie. Que vais-je faire ou qu'ai-je fait de ma vie? Qu'ai-je fais de la confiance qu'on m'a donnée? C'est précisément dans cette confiance qu'il nous voit responsable de l'avenir de son Royaume Et comme le propriétaire en voyage, il s'absente pour laisser l'espace, la liberté, pour nous permettre de construire, à notre tour, notre vie avec nos talents, mêmes les plus petits.

Il leur dit que la foi est au service de l'humanité. Quel sorte d'être humain voulez-vous être? Quelle sorte d'être humain suis-je en train de devenir? Et que dirait le voyageur s'il revenait aujourd'hui. Il leur avait dit : Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde. Gros défi à relever... Ceux et celles qui s'enferment en eux-mêmes se privent de ce plaisir de faire la lumière sur eux-mêmes, sur Dieu, même si cela est parfois très difficile. Ils se condamnent eux-mêmes « aux pleurs et aux grincements de dents ». Déjà le livre des Proverbes saluait la femme pour sa sagesse, pour la qualité de son activité. Il faut en interpréter le contexte, on ne dirait certainement pas les choses de cette façon-là aujourd'hui. Mais c'est l'activité de la femme qu'il loue, la qualité de sa vie et la lumière et le sel. Il y a là des attentes immenses. Dans cette parabole, une certaine idée de l'être humain : un être capable de faire fructifier ce qu'il a reçu ou ce qu'il est.

Bien sûr, nous sommes différents les uns des autres; mais tous, nous avons la responsabilité de « réussir le meilleur » avec ce que nous sommes. Voilà une attente de Dieu. La foi nous est donné pour que nous devenions plus humains, à la suite de Jésus. C'est ainsi que le Royaume de Dieu est accueilli. Dieu fait confiance, il croit en l'humanité, il nous l'a dit en Jésus. Est-ce que oui ou non, on décide de faire confiance à l'humanité, faire confiance à l'autre. Jésus a dit : je suis venu pour que vous ayez la vie, et la vie en abondance. Il n'y a rien qui vient; il n'y a pas d'attente pour celui qui a peur de la vie, à ce point de vouloir l'enfouir.

Voilà. En fait, cette parabole, comme il arrive souvent, parle plus de nous que de Dieu ou plutôt, elle parle de Dieu à travers nous. Dans ce temps, quelle sorte d'être humain croyant suis-je en train de devenir, sommes-nous en train de devenir? Que dirait de moi, de nous, le Voyageur s'il était de retour?