La fête du Pardon

Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient. » Et le père fit le partage de ses biens.

Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait et partit pour un pays lointain. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

En ce quatrième dimanche de notre Carême, une histoire nous est proposée : une histoire qui circule et provoque depuis 2000 ans. Notre histoire de départs au nom de ce qui nous semble une libération à vivre dans l'autonomie, dans une vie bien à soi, sans se laisser attacher par des racines. Le Père ne pouvait pas forcer son fils à rester à la maison. Il ne pouvait pas imposer son amour à son fils. Le Père l'a laissé partir librement, même si ce départ devait causer de la souffrance et au fils et au père. C'est l'amour qui empêche le père et beaucoup les parents de garder leur enfant à tout prix à la maison. C'est l'amour qui permet de laisser l'enfant trouver sa propre vie, au risque même de la perdre.

Tel est le mystère de notre vie dévoilé par la parabole. Je suis tellement aimé qu'on me laisse libre de quitter la maison. J'ai rompu ma relation avec toi Dieu, Père, avec toi, Dieu Mère. J'ai voulu faire ma vie tout seul. J'ai voulu inventer mon bonheur loin de toi. J'ai voulu prendre l'héritage tout de suite, pour moi tout seul, sans le poids de quelque appartenance. Tu ne m'as rien dit, tu m'as laissé partir.

Pause

Alors, le fils réfléchit : « Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance. Et moi, ici je meurs de faim! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers. » Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

Le fils lui dit : « Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils… » Mais le père dit à ses domestiques : « Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. » Et ils commencèrent la fête.

Ainsi, Seigneur Jésus, tu proclames que la table de ton Père est celle du festin de l'amour et qu'elle est ouverte à tous. Ouverte à ceux qui ont pris le chemin le plus direct, ouverte à ceux qui se sont perdus en cours de route et qui ont fait un long détour. Table ouverte aux humains de toutes races et de toutes religions, ces religions qui parfois excluent, divisent, méprisent. Je suis donc rentré en moi-même, j'ai eu soif d'autre chose. Une grande famine s'était installé dans mon cœur. Je me suis souvenu de ta maison, j'ai décidé de me lever et de revenir.

Jésus, tu te gardes bien de conclure ta parabole, car c'est à nous qu'il revient d'écrire cette conclusion. Saurons-nous accueillir la démesure de ton amour? Saurons-nous accueillir cette surprenante révélation qui choque tous les fils aînés que nous sommes aussi?

Pause

Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : « C'est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu'il a vu revenir son fils en bonne santé. » Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père qui était sorti, le suppliait.

Mais il répliqua : « Il y a tant d'année que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé, après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras! »

Le père répondit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir; car ton frère que voilà était perdu, et il est retrouvé. »

 

Le Dieu de la parabole, le Dieu évangélisé sait reconnaître la sincérité et semble l'apprécier plus que la perfection. Il sait reconnaître la faiblesse et semble s'y faire une gloire de la conduire à l'intégrité. Ce Dieu ne fait pas de la performance un pré-requis de l'amour. Comme l'a écrit Joan Chittister, moniale bénédictine américaine, dans son livre intitulé " Ce que crois " éd. Bellarmin 2002 et en sous-titre " en quête d'un Dieu digne de foi "; le pardon est une des dernières choses que mentionne le credo, parce que le pardon est une des dernières choses que nous apprenons dans la vie.

Le pardon est le plus divin, sans doute, des attributs divins. Il est aussi le plus fondamental des comportements humains, celui qui nous élève à notre zénith… Pardonner c'est être comme Dieu. Parmi les dernières paroles de Jésus en croix, il y a des paroles de pardon. Jésus? parvenu à la plénitude de l'humanité, à la fin des temps, à la dernière heure ? s'inscrit dans notre esprit en lettres de feu, comme quelqu'un qui pardonne. De toute évidence, pour être tout ce que nous pouvons devenir, nous devons apprendre à pardonner. Et à rendre grâce pour tous nos pardons habités par la mémoire de Jésus.

Pause