Que recherchons-nous dans une relation humaine ? Qu’est-ce que Dieu rechercherait chez nous ? Ne serait-ce pas l’authenticité ? La capacité d’être vrai, d’être soi-même devant l’autre, les autres, et Dieu, en toute simplicité, en toute vérité ? Plus encore que la vertu qui risque de se pervertir en orgueil, ce qui plait à Dieu, c’est la pureté de cœur.
La semaine dernière, j’ai accepté l’invitation d’une vieille amie qui se produisait en récital avec d’autres élèves d’un cours de piano. À 88 ans, elle avait ce souhait de pouvoir jouer « La Paloma » au piano. Elle s’est donc inscrite à un cours et vendredi soir, grand début, elle jouait un morceau devant public, un public de parents venus entendre leurs enfants vêtus en costumes d’Halloween. Je ne suis pas critique musical, mais c’était une performance bouleversante d’humanité ! Cette même personne travaille depuis 25 ans, trois jours semaine dans un Tim Hortons à faire reluire les planchers, nettoyer les tables et les toilettes, en plus des mégots de cigarettes dans le stationnement. Elle est la reine du Tim Hortons ! Avec sa joie contagieuse, elle fait le bonheur d’une clientèle qui lui est bien reconnaissante. Au retour d’un voyage au Japon, il y a une dizaine d’année, elle s’était mise à la peinture et a développé une carrière d’artiste peintre. N'est-ce pas rafraîchissant de partager le bonheur d’une personne qui se réalise, qui est en prise avec ses propres désirs et aspirations ? Elle peut être, à juste titre fière d’elle-même !
Dans la courte parabole que nous venons d’entendre, Jésus trouve le moyen de nous enseigner comment s’adresser à Dieu et aussi ce qui rejoint son cœur.
En fin pédagogue, Jésus met en scène deux personnages fort contrastés. L’un, le pharisien, homme respecté et respectable se présente devant Dieu avec toute la fierté de ses bonnes œuvres. Son entourage l’applaudit sans doute pour tant de vertu. Il ne demande rien à Dieu, sinon de manière implicite, un regard approbateur sur sa conduite. Il présume aussi que Dieu partagera sa répugnance pour les pécheurs, comme celui-là derrière la colonne. L’autre personnage, c’est un publicain, un collecteur d’impôts, réputé comme tous ses congénères pour sa malhonnêteté, en plus d’être au service de l’occupant romain, autant dire un traître à la nation. Lui aussi, d’une certaine façon, se présente devant Dieu ayant intégré l’opinion à son endroit. Il n’est pas fier de lui mais ose tout de même de se rendre au Temple pour implorer la pitié de Dieu. Notons qu’il n’exprime en rien un désir de changement de vie. Il s’assume dans son état de pécheur qui n’a rien à faire valoir.
Deux hommes qui font l’unanimité sur leur compte : l’un jouit de sa propre estime et de celle de l’entourage, l’autre est objet de rejet, habitué au jugement sévère qui sanctionne son activité. Voilà où ils en sont à leur arrivée au Temple.
Au sortir, l’injuste aux yeux du monde est reparti en « homme juste ». L’Évangile ne le dit pas explicitement, mais celui qui se croyait juste ne l’était pas aux yeux de Dieu, même s’il avait accompli rigoureusement toutes les prescriptions de la loi. Lui qui était venu soi-disant, pour prier, s’est enfoncé dans son autosatisfaction. Il a pris Dieu à témoin de ses bonnes œuvres tout en déversant son mépris pour le pécheur. Son cœur est plein de suffisance. Il juge de façon tout extérieure. Il se comporte en véritable pharisien : il exclut les autres pour s’identifier comme juste. Malgré tout ce qu’il peut faire valoir, il n’a pas vraiment d’existence propre. Il n’est que l’incarnation achevée d’une norme, la projection d’une image. Il est en représentation. Mais Dieu n’applaudit pas.
Peut-on s’imaginer ce qu’il a fallu de courage au publicain pour franchir le seuil du Temple ? Sa présence est aussi improbable que celle d’un lépreux au milieu de la société. Lui, l’impur ignore la frontière avec le sacré. Il dépasse les conceptions qui ont cours d’un Dieu qui ne ferait bon accueil qu’à la personne qui observe la Loi, qui a les mains propres et ne suit pas la voie des pécheurs. Il n’est pas comme ce pharisien qui y a sa place, qui peut se tenir devant Dieu. Pour sa part, le publicain ne s’en croit pas digne. Il se tient en retrait. N’empêche, il est là ! Il s’est exposé au regard de Dieu, en pleine conscience de son péché. Il n’était pas là pour poser, pour prendre une posture devant Dieu. Il s’est plutôt déposé, remis à la miséricorde de Dieu… avec authenticité. À méditer, en prenant un café au Tim Hortons !