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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





Homélie pour la Toussaint

En marche

2 novembre 2025

Raymond Latour

Matthieu 5.1-12a

 
       En marche. C’est la marche des saints et saintes de la première lecture. Un défilé. Une foule immense. En mouvement. Qui vient de partout. Qui arrive à destination. Une marche victorieuse, les palmes à la main. C’est l’Agneau, le Christ, qui leur a valu la victoire ! Le temps de l’épreuve est balayé. Tous ensemble, tous enfin réunis, peuvent se livrer librement à la louange de Dieu. C’est la foule des saints et saintes à l’espérance comblée ! On n’y distingue aucun visage en particulier, mais tous, debout, vêtus de blanc, vivant de la vie nouvelle, expriment leur joie dans une liturgie toute à la louange de Dieu. Ils viennent de la grande épreuve.         
       L’Évangile des Béatitudes, dans une sorte de regard rétrospectif, nous les présente au cœur de cette grande épreuve qu’ils auront vécue avec l’assurance de la victoire finale. Au moment présent, ils n’ont rien de triomphant. Au contraire, les réalités les plus pénibles les assaillent : ils sont dans la pauvreté, dans la peine, ils subissent l’injustice, ils sont persécutés, insultés, calomniés. À tous ces gens, Jésus scande ses béatitudes : « Heureux êtes-vous ! » Heureux êtes-vous parce que vous êtes en marche, parce que vos aspirations à la justice, à la paix, à la consolation, à la miséricorde, tout cela vous sera accordé. Jésus, pour soutenir leur marche, leur engagement à sa suite, les projette dans ce temps futur où ils se réjouiront eux aussi dans le royaume des cieux. Leur sainteté, leur participation au mystère de vie et de mort du Ressuscité, sera alors dévoilé. Ils se joindront à la grande liturgie céleste.         
Le peuple des béatitudes a un présent et un futur bien contrastés. Nous vivons au quotidien ce décalage entre les réalités de notre foi et de notre espérance et tout ce qui semble les contredire; en trois mots, le mal, la maladie et la mort, la triade de la grande épreuve.  
       Aujourd’hui, nous faisons mémoire de ces personnes que nous avons côtoyées, qui nous ont marqué par leur attitude devant la vie. Nous reconnaissons que l’évangile et la promesse des béatitudes se sont infiltrés en elles, leur donnant cette force, cette douceur, cette qualité de résilience, cette capacité d’aller plus loin, de créer du neuf, d’ouvrir des espaces de liberté.     
Nous voyons en elles le travail de Dieu qui sait si bien travailler la pâte humaine, pour peu qu’elle se laisse modeler. Son Esprit est à l’œuvre.              
Dans notre célébration, nous nous réjouissons aussi pour toutes ces influences que nous avons reçues de gens que nous n’avons jamais rencontrés et qui, par leur vie, ont été une inspiration.    
Si nous sommes en marche aujourd’hui, c’est que, par une parole, par une action, quelqu’un nous a mis en marche. Et quelle que soit la figure que nous invoquons, dans la foi, c’est le visage du Christ qui se profile en elle.              
Tous ces gens qui nous ont précédés et qui, dans leur participation au mystère de vie, nous ont révélé quelque chose de la richesse, de la grandeur de l’expérience humaine !  Et toute cette foule de témoins nous invite à nous tourner vers Dieu, unique source de sainteté.
       Ils sont nombreux les bienheureux, les bienheureuses ! Poursuivons notre marche !