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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





Le troisième dimanche de l'Avent

« Et si je m’étais trompé? »

14 décembre 2025

 Mt 11, 2-11 

Raymond Latour

   Jean Baptiste, grande figure de l’Avent, est un peu en retrait du thème du jour. Il n’est pas dans la joie, mais tenaillé dans sa prison par l’incertitude quant à ce Jésus. Est-il bien celui qui doit venir ?
C’est une angoisse que nous connaissons tous, un jour ou l’autre : « et si je m’étais trompé? ». Tout le monde peut se tromper, c’est parfois sans conséquence, mais pas toujours. Quand la question vous arrive, elle ne manque jamais de vous remettre en question.      
       « Et si je m’étais trompé? » Dure question quand elle porte sur le choix d’une orientation professionnelle, d’une carrière, d’une morale de vie, d’une foi. La question peut être déstabilisante, vous amener à reconsidérer votre regard sur vos proches, vos amis ou même les personnes qui partagent votre vie.      
« Et si je m’étais trompé? » Vous ne savez pas encore si c’est le cas ou non. Mais vos certitudes sont ébranlées. Vous admettez la possibilité d’une erreur, votre univers se met à vaciller, il a perdu quelque chose de sa solidité. Il est devenu inconfortable. Vous ne savez plus où vous en êtes. Vous vous imaginez déjà devoir corriger le tir, changer de trajectoire, abandonner ce en quoi vous faisiez fond, jusque-là. Ou même faire un bilan négatif de l’ensemble de votre vie.      
      
Vous essayez de votre mieux de vous rassurer, mais rien à faire, le soupçon, le doute, la crainte se sont installés dans votre cœur et vous vous mettez à accueillir de nouvelles raisons qui augmentent encore votre perplexité, votre inquiétude. Vous ne savez pas encore si vous vous êtes bel et bien trompé, mais tout incline dans cette direction. Vos belles convictions se sont évanouies, vous n’êtes pas loin de capituler, de reconnaître votre erreur, votre méprise.        
       « Et si je m’étais trompé? » C’est une question avec laquelle il est difficile de vivre, parce que justement, elle est vitale. Parce qu’elle a le potentiel de démentir tout ce en quoi vous croyiez jusque-là.
C’est avec cette question, que Jean Baptiste a dû se débattre dans sa prison, lui qui se demandait, perplexe si, tout compte fait, il ne vaudrait pas mieux en attendre un autre que ce Jésus, trop loin de ce qu’il imaginait être le messie attendu. Pour Jean, lui qui avait tout investi, jusqu’à perdre sa liberté, pour lui, l’idée même qui l’effleurait, puis s’insinuait en lui, l’idée que peut-être il s’était trompé devait être dévastatrice, le ronger de l’intérieur.
      Nous pourrions être pour lui comme ces amis qui viennent nous rassurer : « mais non, voyons… tout va bien, ne t’en fais pas… » Jésus savait que Jean ne se contenterait pas de ce genre de réponse. Il renvoie les disciples de Jean en les invitant à rapporter à leur maître ce qu’eux-mêmes ont pu voir et entendre. Précisément tout ce qui fait le tourment de Jean, ce qu’il interprète comme étant en contradiction avec son espérance. Jésus lui fait dire que non, tout cela, tous ces signes de miséricorde et de libération sont bien conformes à ceux qui devaient accompagner la venue du Messie.    
      Mais, direz-vous, comment Jean, lui, le grand prophète, pouvait-il l’ignorer? Il avait sa vision. Un bon nombre de disciples adhéraient à ses vues et le suivaient. Ensemble, ils aspiraient à la venue de celui qui doit venir. Mais ils attendaient de lui l’expression de la justice de Dieu, un Dieu qui rétablirait le droit des pauvres, qui enfin prononcerait un jugement contre ceux-là qui exploitent et oppressent le peuple, ceux qui prospèrent aux dépens des petits, tous ceux-là qui défient le Dieu de l’alliance en commettant fraude et violence. Jean attendait un juge. Jésus lui répond en quelque sorte qu’un juge ne peut apporter le salut.    
           
Jésus demande seulement aux disciples de Jean de lui rapporter non un discours, mais des faits visibles, repérables.     
Il comprend que Jean puisse être cruellement déçu, mais invite le prophète à une profonde conversion du regard : de voir tous ceux qui ne sont pas déçus, tous ces exclus, ces malades, ces prisonniers qui ont accueilli en lui le salut, qui se réjouissent de la bonne nouvelle.     
       Jean pourra-t-il entrer dans cette joie? Lui qui a mené les foules à la conversion, le voilà lui aussi en situation de s’ajuster à cette venue qu’il annonçait. Accueillir la miséricorde?
       Voilà où réside notre joie aujourd’hui. Nous reconnaissons que Jésus est bien l’envoyé de Dieu, qu’en lui, en sa venue dans la chair, le Royaume est inauguré. Un temps nouveau a commencé. Nous sommes de notre temps, le temps du salut et de la joie, comme tous ces pauvres dans l’évangile qui ont cru en la Bonne Nouvelle.

      Tout n’est pas encore réalisé, loin de là. Mais nous persévérons dans l’espérance, même si l’état du monde n’est pas sans nous troubler. Alors que le peuple se trouvait dans le plus grand désarroi, dans la désespérance, le prophète Isaïe invitait le désert et la terre de la soif à se réjouir. Déjà, il voyait venir le jour où les aveugles verraient, les sourds entendraient. Le cri de joie du muet parvenait d’avance à ses oreilles. Nous sommes témoins de tant de guérisons et de libération, à commencer par la nôtre. Nous savons que la douleur et la plainte ne seront pas pour toujours, que tous, nous sommes promis à l’allégresse et l’éternelle joie, pour reprendre l’expression d’Isaïe. Nous n’avons pas reçu un juge, comme semblait l’attendre Jean Baptiste. Nous avons reçu l’amitié de Dieu, qui nous fait confiance, et en qui nous mettons notre confiance. C’est notre joie, la force de notre espérance. La nouveauté est là. Nous ne nous sommes pas trompés!