Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui je trouve ma joie.
L’événement du baptême de Jésus est l’occasion d’une révélation importante au début de l’Évangile : Jésus est le fils bien-aimé de Dieu. Quand nous avons été baptisés, nous aussi sommes devenus des filles et des fils bien-aimés, des filles et des fils adoptifs de Dieu. Autrement dit, à l’occasion du baptême de Jésus, nous célébrons aussi Dieu comme notre Père. Mais de quel type de père sommes-nous devenus les fils et les filles bien-aimés?
On serait porté à croire que c’est Jésus qui, le premier, a parlé de Dieu comme d’un père. Mais ce n’est pas le cas. À l’époque de la naissance d’Israël, la plupart des religions environnantes possédaient déjà un concept de paternité divine. On observe cela chez les Égyptiens et les Assyriens par exemple. « Père » renvoie alors à un rapport d’origine naturelle. Les rois, surtout, sont considérés comme engendrés par la divinité. Le reste du peuple s’y trouve relié à travers lui. Certains spécialistes vont même jusqu’à dire que ça fait partie de la dimension religieuse de l’être humain.
Est-ce la même chose pour les Juifs? Non! Il n’y a aucune mention d’un Dieu-Père dans les récits de création. Dans les plus vieux textes de la Bible, il est plutôt question d’un Dieu sauveur. Ce sont les prophètes qui sont les premiers à parler d’un Dieu-Père et dans un contexte particulier : celui de l’Alliance. Le Dieu libérateur et sauveur est celui qui a choisi un peuple parmi tous les autres. Il veut nouer une Alliance avec lui. Il lui donne la Loi et lui fait des promesses. Parce qu’il a été choisi, Israël est dit Fils, d’une filiation divine adoptive. « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. » La paternité ne renvoie pas au passé mais à l’avenir, orienté vers une création nouvelle.
On le sait, Jésus va inaugurer une nouvelle alliance. Désormais, pour nous, il devient le modèle de la relation filiale au Père. Jésus vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. C’est grâce à l’Esprit que nous sommes introduits dans le dynamisme de l’Alliance. Ce n’est plus grâce à nos propres efforts que nous pouvons nous rapprocher de Dieu. Devenir ses fils et ses filles relève d’un don : La preuve que vous êtes des fils et des filles, c’est que Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père.
Devenir des filles et des fils bien-aimés de Dieu, dans notre tradition chrétienne, c’est passer par la nouvelle naissance du baptême. On ne reçoit la vie que par la naissance. On ne peut donc recevoir la vie de Dieu, celle des filles et fils de Dieu, sans naître à nouveau. C’est Nicodème qui demandait à Jésus : Comment un homme peut-il naître s’il est vieux? Nul, s’il ne naît d’eau et d’esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit, est esprit.
Devenir fils et filles de Dieu à la manière de Jésus Christ c’est aussi revivre son passage de la mort à la résurrection. Quand nous avons reçu de l’eau sur la tête lors de notre baptême, ça symbolisait le passage dans l’eau qui fait œuvre de mort mais aussi dans l’eau qui fait œuvre de vie. Nous renaissons à la vie de ressuscité du Christ. Nous mourrons à une vie centrée uniquement sur nous-mêmes pour renaître à la vie nouvelle : celle que l’écoute de la Parole de Dieu vient éveiller en nous.
Le Dieu-Père de la tradition chrétienne n’est pas le Père rêvé sur qui nous projetons notre désir de protection et de toute puissance. Il n’entretient pas en nous un état infantile. Au contraire, le Dieu-Père de l’Alliance nous convie à la construction du Royaume. Pour cela, il nous appelle et nous incite à nous engager en vue de la transformation du monde. Il compte sur nos ressources et notre imagination. Il met en nous une confiance fondamentale en nous rappelant que le monde peut être transformé pour le mieux.
Nous sommes les filles et les fils bien-aimés d’un père qui, sans nous avoir engendré naturellement, nous a choisis et adoptés. Depuis les débuts du peuple juif, il nous propose une Alliance pour faire advenir son Royaume de justice et de paix dans notre monde qui en a bien besoin. Une Alliance qui a trouvé son plein accomplissement dans les paroles et les gestes de Jésus Christ. Comme lui au jour de son baptême, rendons-nous disponibles à la force de l’Esprit.