CCSA






Communauté chrétienne St-Albert le Grand





2e Dimanche du Temps Ordinaire       

18 janvier 2026

L'Unité des Chrétiens

Bertrand Olivier

Isaïe (49, 3.5-6)

Jean (1, 29-34)

            
Que les paroles de ma bouche et les méditations de nos cœurs te soient agréables, ô Éternel, notre rocher et notre rédempteur ! (Ps 19.14)        
Frères et sœurs dans le Christ, bonjour à tous et toutes.       
Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui alors que commence la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, et je remercie votre communauté pour cette invitation.  Merci aussi à Raymond pour son accueil. 
La semaine dernière, nous fêtions le Baptême du Christ, relaté dans l’évangile selon St Mathieu.      
Aujourd’hui, nous revisitons la scène, mais sous le regard de l’évangéliste Jean. Il décrit la scène au début de son évangile, immédiatement après son prologue : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le verbe était Dieu.
On rejoint le Jean Baptiste sur les bords du Jourdain. Sa renommée grandissante suscite les interrogations des pharisiens inquiets de son pouvoir :        
‘Qui es-tu?’ 
Le baptiste confirme qu’il n’est ni le Christ attendu, ni Elie, mais celui annoncé par Isaïe, envoyé pour ‘aplanir le chemin du Seigneur’. 

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.  Il vient après moi et je ne suis même pas digne de dénouer la lanière de sa sandale »   
Si tous les quatre évangélistes incluent cette déclaration, seul l’évangéliste Jean ajoute ces deux témoignages supplémentaires : « Voici l’Agneau de Dieu » et « L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ».      
Avec cette assertion sur la préexistence du Christ, Jean Baptiste affirme que Jésus n’est donc pas simplement un personnage historique, mais le Verbe fait chair, le Logos éternel, envoyé pour finaliser l’œuvre de rédemption de Dieu.       
Celui qu’il nomme Agneau de Dieu n’est pourtant probablement pas conforme au profil qu’il attendait.  Il avait peut-être envisagé quelqu’un qui exsuderait plus de force que cet homme qui vient lui-même, en toute humilité, recevoir son baptême avant de commencer sa mission.      
Dès le début de son ministère, Jésus défie nos attentes, il choisit de s’aligner profondément à notre expérience humaine, allant jusqu’à ce moment de repentir et changement de vie pour signifier sa solidarité avec nous.  Malgré tout, il réunira une communauté par une expérience de grâce, de vulnérabilité et de communion – des valeurs qui continuent d’être des marques de ministère chrétien authentique, au service des autres.   
Contrairement aux autres évangiles dans lesquels une voix céleste se fait entendre à tous, ici c’est le Baptiste qui en témoigne.  Il ne connaissait pas le rôle de Jésus à l’avance, mais dans son baptême et la descente de l’Esprit et il le reconnait en se souvenant de son propre appel « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint ».  C’est lui le fils de Dieu.       
Le thème d’aujourd’hui, ‘Nous sommes tous baptisés dans l’Esprit Saint’, nous rappelle que le baptême que nous partageons avec Jésus nous engage à transformer nos vies – rejeter tout ce qui est mal dans le monde et tourner notre focus sur le Christ incarné, crucifié, ressuscité, que nous rencontrons chaque jour non seulement dans la beauté de la création mais aussi dans sa noirceur et ses défis.    
Le Christ nous interpelle en ceux et celles qui souffrent autour de nous – isolés, malades, dans des situations de pauvreté et d’itinérance, victimes d’oppression et de violence.
Il ne nous appelle pas à répondre à ces besoins par des questions théologiques qui cherchent à souligner nos différences et nous donner des raisons pour l’inertie et le manque d’action. 
Au contraire, Jésus nous invite à suivre son exemple : inclure tous ceux et celles qui viennent à lui, leurs redonner l’espoir, les guérir, et encourager le meilleur d’eux à participer eux aussi à la tâche divine sur terre d’annoncer la bonne nouvelle à tous. 
Ce n’est pas une conversion imposée, mais une invitation à rejoindre ceux et celles qui désirent servir les desseins de Dieu. 
Le prophète Isaïe nous rappelle que Dieu appelle son peuple à manifester sa splendeur, une vocation de service que nous recevons dès avant notre naissance.  Ainsi, nous nous rappelons la valeur que nous avons aux yeux de Dieu, lui qui fait de nous lumière des nations, pour que son salut parvienne tout autour de la terre.  
Le théologien N.T. Wright, dans son ouvrage The New Testament and the People of God nous rappelle: « Le Serviteur de l’Éternel incarne la réalité que le Christ ne vient pas seulement pour être admiré, mais pour être imité dans la prise de risque et la souffrance pour les autres. »    
Jésus, dans sa vie incarnée, est donc pour nous un exemple de vie qui porte des fruits même si elle implique que nous soyons prêts à partager sa souffrance.
En cette semaine de prière pour l’unité, les églises à travers le monde parleront d’unité, en sachant qu’une unité institutionnelle est une tâche utopique.  Les différences d’interprétations doctrinales, de cultures, de pratiques liturgiques, font que la chimère de l’unité telle que beaucoup pourraient encore la concevoir demanderait un miracle – ou une catastrophe.
        
En revanche, par le baptême, nous sommes tous déjà rassemblés par l’Esprit Saint dans ce corps du Christ capable de soulever des montagnes.
Dans notre monde actuel, en turbulence, et où la stabilité et les progrès acquis au cours des huit dernières décennies sont menacés, nous sommes tous appelés à travailler ensemble à ce que le Christ souhaite pour tous les enfants de Dieu – justice, paix et plénitude.
Essayer de faire mieux et plus ensemble ce que nous pouvons, et apprenant à se connaître dans des tâches exigeantes sur le terrain, ici à Montréal ou là où nous nous trouvons, à l’instar de Jésus, voilà une manière positive de bâtir cette unité pour laquelle le Christ priait. 
Pas une unité impérialiste basée sur l’identique, mais au contraire une unité enrichie par la diversité de visions et d’énergies, animées par l’Esprit Saint, créant ainsi cet immense kaléidoscope à l’image de Dieu qui continue d’être un mystère même quand Dieu nous appelle à une relation personnelle qui nous transforme dans le Christ.
Comme l’écrit le Père James Martin, l’unité ne fait pas disparaître les différences, elle célèbre les façons dont nos talents différents, ensemble, révèlent la plénitude de la Trinité.”
Amen