C’est un évangile des commencements qui nous est présenté aujourd’hui. Jésus effectue un virage. Il se déplace, quitte Nazareth pour Capharnaüm. Sa mission s’ouvre à un nouvel espace, plus large. Il entreprend son ministère public et recrute ses premiers disciples, avec cette invitation : « Venez à ma suite! » Désormais, suivre la Parole sera suivre Jésus, lui, le Verbe, l’Envoyé du Père. C’est un début très modeste qui n’a rien de spectaculaire et qui peut nous inspirer autant pour la création de nouveaux projets que pour un redémarrage ou un renouvellement communautaire. Un investissement de confiance.
Notons d’abord que c’est Jésus qui donne le signal du départ. C’est lui qui prend l’initiative des rencontres. Il ne fait pas le difficile, ne recrute pas parmi l’élite du peuple, mais s’adresse à des pêcheurs qui ont le courage de partir chaque jour se confronter aux menaces de la mer. Les Pierre, André, Jacques et Jean de l’Évangile ne se sentaient sûrement pas à la hauteur de la mission que Jésus leur confiait, mais ils ont quand même répondu à son appel. Cela vaut aussi bien pour nous qui sentons la disproportion entre notre perception de nous-mêmes et l’appel auquel nous voulons répondre en Église.
Les premiers disciples étaient des gens bien ordinaires. Ils ne s’étaient jamais concertés pour améliorer le sort de leurs contemporains. S’il n’y avait pas eu la rencontre décisive avec Jésus, chacun aurait poursuivi son métier. D’une certaine façon, c’est ce qui s’est produit : jusque-là ils étaient pêcheurs, ils le resteront, mais avec un nouvel objectif, pêcheurs d’hommes. Il y a à la fois continuité et rupture quand on devient disciple de Jésus.
De même, nous aussi sommes plongés dans la société qui est la nôtre, mais Jésus et sa parole nous invitent à y agir comme puissance de guérison, à la manière de Jésus qui « guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple ».
Pierre, André, Jacques et Jean avaient sans doute aussi leur lot de soucis et de préoccupations. Ils n’étaient pas au-dessus de la mêlée. C’est autour de ce noyau de disciples que Jésus a constitué ce qui deviendra le groupe des Douze. Comment ne pas s’étonner aujourd’hui de la portée de leur action aux débuts si peu prometteurs dans un coin perdu de la Galilée ? Un territoire qui s’agrandira aux dimensions du monde, à travers les siècles.
Les quatre premiers disciples ont accepté l’invitation de Jésus sans aucune condition. Leur réponse radicale est venue immédiatement après l’appel. Ils n’ont pas réclamé un temps de réflexion ou de préparation. Comme s’ils étaient déjà prêts. La foi qui est la nôtre reconnaît que Dieu avait préparé sa place en nos cœurs et que malgré toutes nos hésitations, nous ne demandons qu’à suivre le Christ qui nous montre un chemin de vie à partager avec nos frères et sœurs. Pour que personne ne marche dans les ténèbres.
Les humbles débuts de l’évangélisation peuvent nous inspirer. À considérer la provenance des premiers disciples, leurs compétences, leur rayonnement initial, on peut dire qu’ils partaient de loin. Même si nous posons un regard sceptique ou critique sur nos capacités de témoigner de la bonne nouvelle dans le monde d’aujourd’hui, il importe de se rappeler que Jésus n’a pas levé le nez sur ces quatre individus que rien ne recommandait à son attention. Ses critères ne sont pas les nôtres !
Nous n’avons peut-être pas vraiment conscience de vivre dans la clarté de la lumière du Christ, de son Évangile. Mais pour peu que nous participions à la mission qu’il nous confie, cette lumière se révèle dans la mesure où nous la partageons avec les autres.
Tous les êtres humains sont unis dans une commune recherche de sens et d’espérance. La mission engendre sa propre fécondité. Elle nous aide à dissiper nos propres ténèbres. Ensemble, nous venons à la lumière. La mission réclame seulement de nous un saut dans la confiance, à croire en l’appel du Christ relayé par l’Église, peu importe la fragilité du point de départ, pour qu’advienne le règne de paix et de justice, ce grand projet de Dieu de réunir dans l’amour l’humanité divisée, déchirée, défigurée.
Dans la deuxième lecture, Paul se désole de voir la communauté de Corinthe se dissoudre dans un esprit de parti. Voilà un contre-témoignage qui, aujourd’hui encore, doit être redressé. La semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous redisait que l’Église doit être Église de communion et d’inclusion. Comme Jésus était un être pour les autres, l’Église aussi ne peut souffrir de querelles intestines qui la détournent de sa mission et en voilent l’objectif. Nous avons vocation à marcher ensemble, dans l’unité, pour que notre témoignage soit reçu.
Notre monde, et son évolution rapide, nous interpelle constamment. L’Église ne peut faire du sur-place. Pour suivre le Christ, il lui est demandée d’aller vers les autres, là où ils se trouvent. Présenter au monde un visage de compassion plutôt que la sévérité d’une institution; accueillir plutôt que de poser des normes et des exigences.
Cette Église en sortie était déjà indiquée dès l’origine alors que Jésus a quitté Nazareth pour une ville de Galilée et que les disciples ont quitté leur pêche pour une pêche jusque-là inconnue. À quels déplacements sommes-nous conviés ?