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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





4e Dimanche du temps ordinaire

De quoi se réjouir ?

Raymond Latour

Mt 5,1-12a

  Il n’y a pas de quoi se réjouir, disent en cœur les réalistes, les pessimistes, et surtout les personnes qui vivent dans l’angoisse, la pauvreté extrême, tous ces gens que le malheur accable. Qui peut parler de façon authentique pour soutenir leur espérance ? Qui peut offrir autre chose que des recettes de bonheur factice ?                
À son époque, le prophète Sophonie ne pouvait ignorer le désarroi de son peuple. Engagé au nom de Dieu dans un dialogue avec ceux et celles qui attendent son secours, il assure que Dieu ne les abandonne pas. Aux humbles et aux humiliés qui restent fidèles et ne renoncent pas à la justice, il proclame : « Ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer ». Jésus ira plus loin, avec sa promesse de bonheur, en s’adressant à ceux et celles que tout pourrait désespérer. Ces voix retentissent encore aujourd’hui.                
       Nous avons été horrifiés de la violence du régime pour faire taire toute dissidence en Iran. Autre scandale, la récente répression des personnes en situation irrégulière aux États-Unis a provoqué de nombreuses manifestations qui, elles-mêmes ont fait l’objet de brutalité policière dont déjà deux personnes ont été victimes. On s’étonne d’une telle violence dans le pays voisin. Ailleurs dans le monde, les déplacés en quête de paix, de pain ou de liberté, s’inquiètent que le modèle américain ne fasse des émules. La force se déchaînera-t-elle contre eux aussi ? Le philosophe Kant qui élaborait un projet de paix perpétuelle déclarait : « nul homme n’a originellement plus de droit qu’un autre à être en un lieu de la terre ». 
Par ailleurs, dans les grands froids que nous connaissons, les villes importantes comme Montréal doivent relever le défi que pose la protection des personnes en situation de vulnérabilité, particulièrement les sans-abris. Des haltes-chaleurs sont mises en place, des refuges débordés tentent de leur mieux de gérer leur capacité d’accueil. Mais d’année en année, le nombre des sans-abris augmente et des villes même éloignées des grands centres peinent à répondre à cette situation de crise.             
Où est la compassion dans notre société ? Quel discours tient-on à ceux et celles qui, pour une raison ou une autre, manquent des nécessités les plus élémentaires ? Quel discours tient-on à ceux et celles qui s’engagent à leur côté et tentent d’encourager les désespérés, plaident la cause des plus démunis, recherchent une plus grande justice sociale ? Qu’advient-il des valeurs de partage, de solidarité ?      
       En sommes-nous arrivés à croire que la force, la violence pourra remédier aux problèmes qui confrontent nos sociétés ? Le droit du plus fort sera-t-il le seul à s’imposer ? L’individualisme, le chacun pour soi, le matérialisme et la bureaucratie ont-ils dévoré notre humanité ? N’y a-t-il pas à bondir d’indignation quand sous nos yeux, des personnes vivent dans des conditions sordides et sont traitées avec mépris ou indifférence ? Si l’histoire dit « violence », en conscience, le chrétien, la chrétienne dit « amour » et s’insurge contre ce qui dégrade la personne humaine.          
Dieu, pour sa part, a vu la misère de son peuple. Quand les espoirs du pauvre se dérobent, quand l’avenir semble bloqué, que les catastrophes s’accumulent, que la fragilité aussi bien morale que matérielle s’accroît, quand les forces humaines s’épuisent, Dieu intervient par son Esprit à l’œuvre dans l’humanité. Dieu s’est engagé auprès des pauvres et des petits pour leur ouvrir une liberté nouvelle, un espace d’espérance.  
À nous de répercuter sa parole créatrice et libératrice, à nous de redire sa promesse de bonheur !                
                                 
En ce temps-là,
    voyant les foules,
Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
    Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
    « Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
    Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
    Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
    Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
    Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
    Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! »