CCSA






Communauté chrétienne St-Albert le Grand





 3e dimanche du Carême, année A               
Une rencontre révélatrice 

Hubert Doucet    

Exode 17, 3-7
Jn 4, 5-42 

     Si Jésus et la Samaritaine se sont rencontrés et ont vécu le magnifique dialogue que l’évangéliste saint Jean vient de nous raconter, c’est que Jésus a pris le chemin le moins recommandé pour aller de Jérusalem à la Galilée. Des trois routes possibles, Jésus a choisi celle qui risquait de le confronter à de grands défis et de gros embêtements parce qu’elle passait par le pays de Samarie. Vous vous demandez peut-être pourquoi Jésus sent le besoin de retourner en Galilée, son coin de pays? La raison, c’est qu’il n’est pas à l’aise avec la culture religieuse qui se vit à Jérusalem, en particulier le comportement des chefs religieux dont ceux qui ont responsabilité du temple de Jérusalem. Cette mauvaise route va conduire à la plus improbable des rencontres.          
La prise de contact entre la femme et Jésus est d’abord difficile. Jésus est là seul près du puits au gros soleil de midi : arrive une femme à qui il demande à boire. La femme lui fait bien sentir qu’un Juif et une Samaritaine, ça ne va pas de soi : « Toi un Juif, demander de l’aide à une Samaritaine? » Elle veut l’affaiblir. Cette femme, on le comprendra bientôt est particulière : elle vient seule au plus chaud de la journée chercher de l’eau. Les autres femmes de la communauté sont venues ensemble au début de la journée; mais elle, en quelque sorte, est une exclue. Sa situation fait qu’elle est habituée à devoir se défendre contre les hommes, particulièrement un Juif qui lui demande de l’eau. La femme est assez sarcastique; elle est à l’attaque.
           
Pourtant, c’est à partir de la répartie de cette femme, que va s’ouvrir la plus inattendue des rencontres. Jésus a perçu dans le comportement de cette femme un puissant désir de vivre. Elle saisit rapidement que l’eau vive dont parle cet homme n’est pas tant une eau fantastique, disponible à volonté, mais une eau comblant les plus profondes attentes humaines. Cette femme est transformée parce que le dialogue avec Jésus rejoint ce qu’elle est au plus profond d’elle-même mais qui n’avait pas encore eu la possibilité d’éclore en plénitude.    
C’est pourquoi elle ose lui poser toutes sortes de questions sur l’essentiel. Qu’en est-il des temples, des bâtiments de prière que chacun réclame pour soi? Y en a-t-il un de supérieur qui pourrait être la vraie maison de Dieu? La réponse est franche : « l’heure vient où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité. » À Jérusalem, Jésus n’avait pas trouvé les conditions de cette rencontre avec le Père; c’est pourquoi il avait quitté la ville pour retourner en Galilée.
           
À mesure que le dialogue se poursuit, son regard sur cet homme s’éclaircit : de Juif, il devient prophète, plus précisément un homme de Dieu inaugurant une nouvelle manière de rencontrer : en esprit et en vérité. Ainsi tomberont les barrières qui empêchent de rencontrer partout le Père. Toutes ces réponses rendent la femme suffisamment à l’aise pour demander à Jésus quand viendra « celui qui fera connaître toutes choses », i.e. le Messie.      
                      
Alors Jésus lui confie ouvertement qui il est : « Je le suis celui qui te parle. » C’est là, me semble-t-il, le sommet du dialogue. En effet, cette réponse de Jésus « le Messie, je le suis moi qui te parle », est la seule fois qu’il la prononcera avant sa mort. D’autres qui avaient voulu savoir s’il n’était pas le messie n’avaient pas eu de réponse. Seule une femme non juive et isolée socialement entendra cette révélation de la bouche même de Jésus.          
En préparant cette homélie, je me suis soudainement rappelé que ce dimanche était le 8 mars, journée internationale qui accorde une attention particulière aux femmes, à leur condition et à leur engagement. Cet évangile nous permet de mettre en relief le rôle essentiel que jouent les femmes pour que Jésus le Messie se révèle au cœur de notre monde.