Aujourd’hui, 3e dimanche de Pâques, c’est le dernier dimanche où il sera question des apparitions de Jésus après sa résurrection. Pourquoi, dans ce temps de Pâques, ne pas accorder plus de place aux apparitions du ressuscité? Ces apparitions ne nous aident-elles pas à renforcer notre croyance en la résurrection de Jésus? Je dois avouer qu’en préparant cette homélie, je me suis quelquefois demandé pourquoi il n’y avait pas une plus grande place accordée aux apparitions. Je vous propose une réponse.
Quand on regarde bien les évangiles, les apparitions de la résurrection ne s’adressent pas à un grand nombre de personnes, mais seulement à quelques témoins choisis par Dieu. Les évangélistes ne nous ont laissé que quelques traces de la résurrection. Pourquoi? Ces récits de résurrection veulent faire voir que Jésus, à nouveau vivant, ne va pas reprendre vie avec ses disciples et amis comme il l’avait fait durant sa vie terrestre. Les apôtres ont retenu de cette résurrection que Jésus s’est éveillé de la mort, qu’il s’est relevé et est passé dans le monde de Dieu où il est le premier d’entre les morts.
La façon nouvelle d’être de Jésus pour nous, c’est ce que nous raconte l’histoire aujourd’hui et c’est ce qui crée, en quelque sorte, le type de relation que nous aurons avec lui. C’est peut-être pourquoi le récit de cet évangile nous touche autant.
À l’origine du récit, il y a la déception de deux hommes qui se sont engagés dans une aventure débordante d’espérance, mais aventure qui s’est soldée par un échec. Malgré les rumeurs que rapportent des femmes du groupe, ces deux disciples déçus ne semblent pas trop accorder d’attention aux bavardages de résurrection. Ils ont quitté le mouvement et retournent, sans doute, à leur ancien monde. Et pourtant, on sent que leur désir de vie n’est pas mort. Ils sont particulièrement volubiles pour décrire ce qu’ils avaient vécu avec Jésus de même qu’ils sont grandement attentifs aux paroles du voyageur. Ce sont des personnes en recherche, vivant des hauts et des bas. Personnellement, je me sens à l’aise avec Cléophas et son compagnon. Notamment ces jours-ci, beaucoup d’entre nous se retrouvent en eux.
Et c’est ainsi que, lorsque l’étranger vient pour les quitter, Cléophas et l’autre disciple demandent à leur nouvel ami de rester. Ils veulent poursuivre avec lui l’échange qu’ils ont initié sur la route à propos de Jésus. Cette personne rencontrée sur le chemin leur a redonné de la lumière, une lumière qui prendra toute sa beauté, lorsque, « ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. » Cette façon d’être et de faire, n’est-elle pas la façon de Jésus de se laisser découvrir encore aujourd’hui?
À l’instant même, sans hésitation, les deux amis se levèrent et retournèrent à Jérusalem. À nous tous et toutes, une invitation nous est aujourd’hui lancée : reprenons le chemin d’Emmaüs en vue de partager le pain et le vin en mémoire de Lui, le Vivant.