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Communauté chrétienne St-Albert le Grand





Le 18e dimanche du temps ordinaire

Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu

2 août 2026

Matthieu 14, 13-21

Raymond Latour

           Le thème retenu pour ce dimanche reprend la belle affirmation de Paul entendue en première lecture: « Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu ». Cette conviction ne naît pas d’un optimisme facile : elle surgit après que Paul a nommé et affronté toute une série de forces de séparation. Rien ? Vraiment rien ? « Même pas la mort ! », répond-il.               
        L’Évangile d’aujourd’hui s’ouvre justement sur l’annonce à Jésus de la mort de Jean le Baptiste. Jésus, comme pour encaisser cette dure nouvelle part en barque pour un endroit désert. Il ne semble pas que son but ait été de se mettre lui-même à l’abri contre une menace à sa vie puisque les foules parviennent jusqu’à lui avec une certaine facilité. Peut-être ces gens étaient-ils des sympathisants de Jean le Baptiste qui maintenant se tournaient vers Jésus pour défendre leur cause ? Quoiqu’il en soit, ces foules présentaient une telle vulnérabilité qu’à leur vue, Jésus fut saisi de compassion. Il offre la guérison aux malades. Plutôt que de protéger sa vie, il s’emploie à affermir et relever les vies défaillantes. La figure d’être-pour-les-autres de Jésus se profile nettement. La suite du récit s’attachera à inviter les disciples à le suivre dans cette même attitude. « Donnez-leur vous-mêmes à manger », ordonna Jésus à ses disciples qui s’inquiétaient de l’heure tardive et de la nécessité de nourrir les foules.            
          La maladie, la faim et la pauvreté constituent également une menace de séparation, comme tout ce qui aurait partie liée avec la mort. Jésus, dans l’épisode de la multiplication des pains, s’est montré sensible à cette réalité. Les disciples proposaient d’abord le renvoi des foules pour qu’elles puissent s’acheter de la nourriture.       
Impossible de déterminer si elles auraient été en mesure de se procurer à manger. Mais pour les disciples, l’inventaire des ressources, cinq pains et deux poissons, était concluant, il n’y avait pas d’autre solution. Contre toute raison, Jésus ordonne alors « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Pour Jésus, la faim ne saurait être une raison suffisante pour justifier une séparation. Elle deviendrait au contraire le moyen d’établir une communion.  
C’est déjà ce qu’avait saisi le prophète Isaïe. Il s’adresse à un peuple de pauvres. Son offre est alléchante : eau, pain, vin, lait, tout est gratuit ! Voilà qui ne manque pas d’avoir un effet rassembleur. « Venez à moi! », invite-t-il. Ici aussi, don et communion, don et alliance sont reliés. « Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle », assure Dieu par la voix de son prophète. Toutes ces personnes démunies, dépourvues des biens qui donneraient une certaine qualité à leur existence ne manqueront pas de répondre à cette offre qui leur est faite. La promesse des biens dont ils étaient privés les sort de leur isolement, leur épargne des efforts et des fatigues.               
Mais plus encore, au-delà de ce qui serait recherché au quotidien, ces aliments deviennent une sorte de porte d’accès à une alliance avec Dieu.        
Ainsi, nous aurions dans notre monde, à répercuter l’offre du prophète : donner à manger devient signe d’une invitation qui nous dépasse, celle de Dieu qui propose, dans le Christ, un amour dont rien ne saurait nous séparer. De façon paradoxale, ce qui séparait devient moyens de communion. Tous les pauvres d’Isaïe, comme les foules de Jésus, étaient séparés des biens qui auraient pu les rassasier.             
Les organismes communautaires pourraient nous servir d’inspiration pour actualiser l’Évangile. Ils ont une conscience vive des carences dans leur milieu et par des organisations communautaires où les gens, souvent défavorisés, unissent leurs forces, une solidarité se crée. Par leur action soutenue, des personnes accèdent à de la nourriture, à des soins, à du logement.
        Comment retentit ce « donnez-leur vous-mêmes à manger » dans notre assemblée ? Comme les disciples, nous mesurons bien la pauvreté de nos ressources, mais dans la foi, nous sommes invités à les confier à Celui qui saura leur donner une fécondité inattendue. La multiplication des pains ne porte pas tant sur le partage -il y est plutôt question de distribution que de rassemblement autour de l’offre gratuite de Dieu. Le prophète Isaïe, qui ne connaissait pas encore le don de Dieu, a bien su en témoigner, de manière convaincante. Jésus, avec la multiplication des pains l’a illustrée de façon saisissante. À nous maintenant de rendre alléchante cette gratuité de Dieu, cet amour qui nous rejoint dans nos pauvretés et dont rien ne peut nous séparer !