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Communauté chrétienne
Saint-Albert-Le-Grand à Montréal |
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Église, deux déclarations malheureuses
Guy Durand
théologien
En lisant les journaux d'ici, j'ai été scandalisé par la déclaration du pape à propos de la prévention du sida en Afrique et par l'excommunication autour de l'avortement d'une fillette de neuf ans au Brésil. Après avoir consulté d'autres sources d'information, comme Le Monde et le Figaro, je voudrais signaler quelques précisions (même s'il n'est pas facile de démêler tous les faits) avant de donner mon point de vue.
L'avortement de la fillette
La fillette enceinte de jumeaux de quinze semaines était attentivement suivie dans un hôpital (Institut médical de l'enfance). De l'avis du directeur de l'hôpital, il n’y avait aucune menace imminente sur sa vie et, si les parents ne voulaient pas d’un avortement, il était possible de mener la grossesse à terme avec des soins appropriés. Un autre médecin, spécialiste en bioéthique, affirma qu'il y avait certes risque de naissance prématurée ou d'avortement provoqué, mais que ceux-ci présentaient moins d'inconvénients que l'avortement provoqué à ce stade. Chaque année au Brésil, il y a d'ailleurs 30 000 filles de moins de quatorze ans qui mettent au monde des enfants sans qu'il n'y ait de décès lorsque les mères sont suivies.
Le cas fut très médiatisé, notamment parce que certains groupes de pression voulaient en profiter pour obtenir un élargissement de la loi brésilienne sur l'avortement (qui permet actuellement l'avortement dans trois cas: viol, inceste et danger pour la mère). Le beau-père violeur est en prison, il a failli être lynché lors de son arrestation. Contacté par le père, le curé de la paroisse a souvent visité la jeune fille. L'évêque a mobilisé une équipe de médecins, psychologues et juristes qui ont rencontré la fillette et n'ont pas recommandé l'avortement.
Il semble bien que les parents de la fillette (mère et père biologiques) au début ne voulaient pas que leur fille soit avortée. La mère aurait changée d'idée par la suite, sous la pression de certaines personnes, notamment une travailleuse sociale. La jeune fille a d'ailleurs été transférée, à l'insu du père, dans un autre hôpital où l'avortement se pratique plus couramment.
Une fois l'avortement accompli, l'évêque a signalé publiquement que, selon le droit canon, les auteurs de l'avortement étaient automatiquement excommuniés. Un autre déclara que le viol était moins grave que l'avortement. Les évêques du Québec ont été lents à exprimer leur compassion pour la fillette et ses parents.
Commentaires. À mon avis, la rappel de la règle canonique par l'évêque constitue une grave maladresse, malgré la médiatisation du cas. L'excommunication n'est sûrement pas un bon moyen pour éveiller la conscience morale. Le droit canon admet d'ailleurs des exceptions. La situation demandait plus de nuances. La comparaison avec la moindre gravité du viol est odieuse.
Dans les cas de détresse, la morale admet des compromis ou des exceptions. La décision n'est certes pas facile à prendre, les personnes concernées doivent être aidées, mais leur jugement doit être respecté. Dans le présent cas, il semble bien que la mère et le père aient fait l'objet de pression exagérée.
La prévention du sida
Dans l'avion qui le menait au Cameroun, le pape a été questionné par les journalistes, à savoir si la position de l'Église était déphasée par rapport à la prévention du sida. Et le pape de répondre « non » en ajoutant : « Je dirais qu'on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n'y met pas l'âme, si les Africains ne s'entraident pas, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque* est d'augmenter le problème ». La solution, continue le pape, ne peut se trouver que dans un double effort : l'humanisation de la sexualité (l'éducation sexuelle) et les soins aux personnes qui souffrent. [*le mot "risque" est dans la version écrite, mais non la version orale de l'intervention].
Personne ne prétend que l'usage des contraceptifs soit efficace à 100%. Les scientifiques sont clairs à cet effet. Bien plus, certaines enquêtes démontrent que miser uniquement sur les préservatifs augmente paradoxalement le risque de contagion parce que, explique Edward Green de l'université Harvard, cela « encourage à adopter des conduites à risques qui aboutissent à davantage de contaminations » (National Review Online). Il semble même, malgré la difficulté de connaître le détail des stratégies de chaque gouvernement, que les pays africains qui ont lié la facilité d'accès au préservatif à une campagne publicitaire visant à retarder l'âge des premières relations sexuelles, à réduire le nombre de partenaires sexuels, à promouvoir l'égalité et l'autonomie des femmes... ont obtenu des résultats meilleurs que ceux qui ont misé sur la seule promotion du condom (ONU, juillet 2008).
Commentaires. À mon avis, il y a lieu de distinguer le volet social du volet individuel. Sur le plan social i.e. de la stratégie politique ou de la campagne publicitaire à mettre en œuvre, il faut respecter les données scientifiques disponibles. Or il semble bien que la campagne centrée uniquement sur l'utilisation des préservatifs ne soit pas efficace, encore ne faut-il ne pas dire en même temps que l'usage du condom est inacceptable.
Sur le plan individuel, le pape a le droit de dire ce qu'il pense et de proposer un idéal. Mais il doit aussi être réaliste et reconnaître qu'il est plus moral d'utiliser un préservatif que de risquer de contracter ou de propager le sida. C'est ce qu'on appelle une morale du moindre mal ou une morale de cheminement. À mon avis, le pape devrait se faire un devoir de rappeler constamment cette dimension de l'éthique chrétienne, comme certains épiscopats le font parfois.
Enfin, certains croyants pensent que l'usage d'un contraceptif n'est pas immoral. Il me semble que le pape devrait éviter de faire une « loi divine » d'une affirmation qui relève de la réflexion morale philosophique. L'importance de la conscience personnelle devrait toujours être signalée dans ce genre d'intervention.
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