Une trentaine de membres de la Communauté ont participé au repas du 20 septembre qui a permis d’explorer l’héritage et l’actualité de saint François d’Assise en compagnie du frère Pierre Charland, franciscain depuis 1991 et évêque de Baie-Comeau depuis 2025. Au début de sa présentation frère Pierre évoque les images traditionnelles de saint François : on le représente auréolé, en prière, avec les stigmates du Christ, ou parlant aux oiseaux… Mais François n’est pas d’abord une image pieuse, poursuit-il. C’est, à l’adolescence, un jeune homme troublé, qui cherche quelle est sa voie dans la vie, qui est en quête de vérité. C’est aussi un garçon très populaire, enjoué, dans sa petite ville d’Assise, dont il anime les fêtes qu’il célèbre avec ses compagnons et compagnes.
François est né en 1181, fils d’un riche commerçant drapier et d’une mère française. C’est le fils préféré de son père, qui entend lui léguer son commerce, dans un monde qui valorise la richesse et qui exclut (déjà!) les pauvres, les malades… François, en recherche d’ascension sociale, part à la guerre, comme chevalier, contre Pérouse, la ville voisine et rivale. Il est fait prisonnier. Son père achète sa libération, mais cet échec l’a changé et l’amène à redéfinir sa vision de la vie.
Revenu à Assise, il retrouve ses amis et leurs fêtes. Mais après avoir fait la fête, il va prier, notamment dans la chapelle de Saint-Damien. C’est là, devant un crucifix, qu’il aurait entendu une voix lui dire : « François, va, répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine ». Il comprend peu à peu que cette maison à reconstruire, ce n’est pas seulement la petite chapelle de Saint-Damien, mais c’est l’Église, c’est la communauté humaine. À cette époque, l’Église est un pouvoir politique puissant, qui intervient dans le monde temporel. Mais il y a peu de clercs inspirants et on nourrit très peu l’aspiration spirituelle des croyants.
François pose alors deux gestes symboliques forts qui montrent ce qui lui arrive. Un jour, sur la place de l’évêché à Assise, il va se dévêtir et déposer ses vêtements fins aux pieds de l’évêque de la ville. Il commence à porter la bure, vêtement simple fait d’étoffe rude. Un autre jour, alors qu’il marche dans la basse ville d’Assise, il entend une cloche agitée par un lépreux pour avertir de sa présence. Malgré son dégoût profond pour les lépreux, François se fait violence et va jusqu’à lui. Cette rencontre est transformatrice. François se met à côtoyer et à soigner les lépreux, exclus parmi les exclus.
François est sensible à la quête spirituelle de son temps. Quand « l’ordre des frères mineurs » commence à se constituer autour de lui, il veut qu’il y ait de la place pour les laïques, hommes et femmes. Il rédige une règle pour eux, ce qui est remarquable pour l’époque. Il y a eu trois règles successives chez les franciscains. La première (« primitive ») ne contenait que de courts passages de l’Évangile, dont on devait s’inspirer. François écrit ensuite une règle plus formelle pour demander l’approbation du pape; celle-ci, jugée trop peu canonique, est remplacée par une nouvelle version, acceptée et toujours en vigueur. Le cœur de cette règle tient en quelques mots : arrêtons de parler de l’Évangile et vivons-le. On y trouve aussi une insistance sur une vie de pauvreté, comme celle à laquelle Jésus appelle les disciples qu’il envoie en mission (Marc 6, 7-11). Frère Pierre évoque ensuite sept gestes de François qui ont structuré sa vie et qui peuvent éclairer et inspirer notre vécu chrétien :
1. « Descendre du cheval », marque de richesse et de pouvoir de l’époque. Quitter une position de domination pour se rapprocher de l’autre en se plaçant sur le même pied.
2. S’approcher de ce qui fait peur (le lépreux pour François). La rencontre avec l’exclu devient un lieu de transformation intérieure.
3. Choisir la simplicité heureuse. Il ne s’agit pas de rechercher une « pauvreté-misère », mais plutôt de se libérer de ce qui est superflu.
4. Penser en termes de fraternité, parce que la mission chrétienne se vit en communauté.
5. Marcher vers les autres sans attendre que l’autre vienne vers soi…
6. Chercher la paix, dans un monde de guerre. C’est ce que fait François, en pleine croisade, en traversant les lignes ennemies pour aller prêcher l’Évangile au sultan musulman Malek Al-Kamil en Égypte. Une amitié réciproque est née de cette rencontre.
7. Revenir toujours à l’Évangile, à la Parole de Dieu, source de toute mission chrétienne. Pour terminer, frère Pierre propose une réflexion sur la bénédiction. François est rejeté par son père, qui le maudit quand il le rencontre dans les rues d’Assise. Il ne se réconciliera jamais avec son fils. François, qui en souffre, se fait accompagner par un vieux mendiant, Albert, auquel il demande alors sa bénédiction. Comme François, de nombreuses personnes, souvent des jeunes, ont encore soif de bénédiction; n’hésitons pas à bénir. La bénédiction signifie que l’on croit en cette personne, qu’on lui reconnaît une valeur. L’échange qui suit est l’occasion de clarifier certains points et d’aborder rapidement quelques autres aspects de l’actualité de François. La rencontre de François avec le sultan Al-Kamil est devenue une sorte de paradigme du dialogue interreligieux. C’est pourquoi le pape Jean-Paul II a choisi Assise comme lieu pour tenir une grande rencontre interreligieuse en 1986. François a été à sa manière un précurseur de l’écologie. Il place l’humain au cœur de la création plutôt qu’en surplomb, en lien intime avec la faune et la flore. Il exprime magnifiquement son respect et son admiration pour la nature dans le Cantique des créatures (appelé aussi Cantique de frère Soleil), composé à la fin de sa vie. On rappelle enfin qu’il a eu une longue relation spirituelle avec Claire, fille d’une famille noble et riche d’Assise. Elle a partagé le même idéal évangélique, fondé l’ordre des Pauvres Dames (les « clarisses »), et judicieusement conseillé François dans des moments difficiles. Au plan des mortifications corporelles, François est allé très loin, sans doute trop selon notre sensibilité actuelle. Mais il faisait preuve de compassion pour les autres et il a demandé pardon à son corps juste avant de mourir. Il est décédé à 44 ans (en 1226), malade, aveugle, et porteur des stigmates du Christ.
Pour mieux connaître la vie de François et sa spiritualité, frère Pierre recommande les nombreux ouvrages d’Éloi Leclerc tels que
Sagesse d’un pauvre (2024 [1959]) et
Saint François d’Assise – Le retour à l’Évangile (2024 [1981]).
On suggère aussi Julien Green, Frère François (2005 [1983]).