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Quatrième dimanche du Carême (C)

Le père et ses deux fils

14 février 2010

Luc Chartrand

Luc Chartrand

Josué 5, 9a.10-12

Luc 15, 1-3.11-32

 

 

Dans notre pèlerinage vers la lumière, il y a de la division dans l’air. Des publicains et des pécheurs s’approchent de Jésus pour l’écouter. Un deuxième groupe est constitué de pharisiens et de scribes. Contrairement au premier groupe qui écoute, eux sont dans la parole de récrimination. Les bien-pensants qu’ils sont désapprouvent la relation de Jésus avec des hors-la-loi, que sont les pécheurs et ceux qui font bon ménage avec l’occupant romain, les publicains. Ceux qui se sont situés toute leur vie du côté de l’ordre, du respect de la Loi, ne peuvent tolérer la présence de ceux qui ont fait des choix différents. Il n’y a plus de retour possible pour les pauvres et les publicains, plus d’échange et encore moins de connivence pour l’avenir avec les pharisiens et les scribes. Jésus par son accueil et la convivialité déroge à la règle établie. C’est dans ce contexte qu’il adresse trois paraboles aux pharisiens et aux scribes. La première concerne le berger qui abandonne ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour aller chercher celle qui était perdue. La deuxième nous parle d’une femme qui réunit ses amies et ses voisins pour se réjouir avec elle de la pièce d’argent qu’elle avait perdue et qu’elle a retrouvée. La troisième est celle que nous venons d’entendre. Pour ce berger, pour cette femme et pour ce père, la joie apparaît quand ce qui semblait perdu est retrouvé. Pourtant, la troisième parabole présente une caractéristique qui lui est propre. Alors que les amis et les voisins se joignent de manière unanime à la fête, le fils aîné réagit par la colère à la joie de son père qui vient de retrouver son fils cadet.

La division initiale entre ceux qui écoutent, les pauvres et les publicains, et ceux qui récriminent, les pharisiens et les scribes, réapparaît maintenant pour s’accentuer. Un fils cadet vient demander à son père de diviser le patrimoine familial pour avoir la part qui lui revient. Le père, qui acquiesce à sa demande, permettra au fils de réunir ses biens et de partir. Là également, la séparation des biens donne lieu à la division de la relation d’un père avec son fils. Après avoir dépensé ses biens, ce fils errant, sans moyen pour assurer sa subsistance, est embauché pour garder des porcs. Sa précarité le conduira à vouloir rentrer à la maison. Ce retour, le cadet l’entrevoit encore sous le signe de la division, puisqu’il imagine un scénario où il revient non pas comme fils, mais comme ouvrier de son père.

L’amour miséricordieux du père vient court-circuiter le scénario minutieusement préparé. Avant que le fils cadet ne soit parvenu à la maison, le père court déjà à sa rencontre. Le père, l’empêchant de débiter son petit laïus, le rétablit dans sa dignité de fils, dont les vêtements sont les signes. Il fait tuer le veau gras pour fêter le retour de celui qui était mort et qui est revenu à la vie; de celui qui était perdu et qui est retrouvé. Le père par son amour miséricordieux vient faire émerger l’unité de sa relation avec son fils.

Cette unité retrouvée n’est que partielle. Le fils aîné se fâche face à l’accueil que son père a réservé à son jeune frère. Là encore, le père sortira de la maison pour accueillit son fils. Après avoir écouté, il n’aura pas d’autre justification à lui donner que la réciprocité qui a toujours existé entre eux, toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. Pour ce père, la joie des retrouvailles donne lieu à la fête et aux réjouissances : car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. Le père réserve un accueil identique et sans mesure à ses deux fils. L’aîné est incapable de s’en rendre compte. Il tourne uniquement son regard vers son frère. Il ne voit que le don du père pour son frère cadet à l’occasion d’une rencontre unique. L’aîné oublie le don qui lui est fait jour après jour, d’une rencontre au quotidien. C’est cette position de jalousie qui le trouble profondément intérieurement.

Dans notre pèlerinage, tous les pas sont différents. Notre visuel l’illustre bien. Certains pas sont plus près de la lumière, d’autres plus éloignés. Cependant, la lumière vient à la rencontre des pas de tous les pèlerins. Dans notre pèlerinage, l’important est de nous avancer vers ce Dieu Père et miséricordieux. Le cadet est revenu vers son père motivé premièrement par la faim. Peu importe les raisons qui nous invitent à marcher et le rythme avec lequel nous avançons, un Dieu miséricordieux, qui nous aime comme un père, nous tend les bras. Les chemins différents sur lesquels nos pas s’avancent vers la lumière sont bien aléatoires.

La parabole se termine sans que nous connaissions l’issue de cet échange entre ce père et son fils aîné. Nous pouvons souhaiter que la fête ait donné lieu à la rencontre du fils aîné, du fils cadet et du Père. Il est possible que nous ayons des doutes sérieux. Les récriminations à l’endroit de Jésus ne l’ont-elles pas conduit à la mort? Pourtant notre présence ici ce matin témoigne de notre foi en la résurrection de celui qui a été mis à mort injustement et que Dieu le Père a ressuscité. Le règne de Dieu est ainsi inauguré. Notre pèlerinage en est une expression tangible. Peu importe que nos pas aient des accointances avec ceux du fils cadet ou du fils aîné, nous sommes toutes et tous invités à entrer dans la maison pour festoyer et manger ensemble le veau gras. Il n’en tient simplement qu’à notre réponse.


 


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