Dans notre pèlerinage vers la lumière, il y a de la
division dans l’air. Des publicains et des pécheurs s’approchent
de Jésus pour l’écouter. Un deuxième groupe
est constitué de pharisiens et de scribes. Contrairement au
premier groupe qui écoute, eux sont dans la parole de récrimination.
Les bien-pensants qu’ils sont désapprouvent la relation
de Jésus avec des hors-la-loi, que sont les pécheurs
et ceux qui font bon ménage avec l’occupant romain, les
publicains. Ceux qui se sont situés toute leur vie du côté de
l’ordre, du respect de la Loi, ne peuvent tolérer la présence
de ceux qui ont fait des choix différents. Il n’y a plus
de retour possible pour les pauvres et les publicains, plus d’échange
et encore moins de connivence pour l’avenir avec les pharisiens
et les scribes. Jésus par son accueil et la convivialité déroge à la
règle établie. C’est dans ce contexte qu’il
adresse trois paraboles aux pharisiens et aux scribes. La première
concerne le berger qui abandonne ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour
aller chercher celle qui était perdue. La deuxième nous
parle d’une femme qui réunit ses amies et ses voisins
pour se réjouir avec elle de la pièce d’argent
qu’elle avait perdue et qu’elle a retrouvée. La
troisième est celle que nous venons d’entendre. Pour ce
berger, pour cette femme et pour ce père, la joie apparaît
quand ce qui semblait perdu est retrouvé. Pourtant, la troisième
parabole présente une caractéristique qui lui est propre.
Alors que les amis et les voisins se joignent de manière unanime à la
fête, le fils aîné réagit par la colère à la
joie de son père qui vient de retrouver son fils cadet.
La division initiale entre ceux qui écoutent, les pauvres et
les publicains, et ceux qui récriminent, les pharisiens et les
scribes, réapparaît maintenant pour s’accentuer.
Un fils cadet vient demander à son père de diviser le
patrimoine familial pour avoir la part qui lui revient. Le père,
qui acquiesce à sa demande, permettra au fils de réunir
ses biens et de partir. Là également, la séparation
des biens donne lieu à la division de la relation d’un
père avec son fils. Après avoir dépensé ses
biens, ce fils errant, sans moyen pour assurer sa subsistance, est
embauché pour garder des porcs. Sa précarité le
conduira à vouloir rentrer à la maison. Ce retour, le
cadet l’entrevoit encore sous le signe de la division, puisqu’il
imagine un scénario où il revient non pas comme fils,
mais comme ouvrier de son père.
L’amour miséricordieux du père vient court-circuiter
le scénario minutieusement préparé. Avant que
le fils cadet ne soit parvenu à la maison, le père court
déjà à sa rencontre. Le père, l’empêchant
de débiter son petit laïus, le rétablit dans sa
dignité de fils, dont les vêtements sont les signes. Il
fait tuer le veau gras pour fêter le retour de celui qui était
mort et qui est revenu à la vie; de celui qui était perdu
et qui est retrouvé. Le père par son amour miséricordieux
vient faire émerger l’unité de sa relation avec
son fils.
Cette unité retrouvée n’est que partielle. Le
fils aîné se fâche face à l’accueil
que son père a réservé à son jeune frère.
Là encore, le père sortira de la maison pour accueillit
son fils. Après avoir écouté, il n’aura
pas d’autre justification à lui donner que la réciprocité qui
a toujours existé entre eux, toi, mon enfant, tu es toujours
avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. Pour ce
père, la joie des retrouvailles donne lieu à la fête
et aux réjouissances : car ton frère que voilà était
mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il
est retrouvé. Le père réserve un accueil identique
et sans mesure à ses deux fils. L’aîné est
incapable de s’en rendre compte. Il tourne uniquement son regard
vers son frère. Il ne voit que le don du père pour son
frère cadet à l’occasion d’une rencontre
unique. L’aîné oublie le don qui lui est fait jour
après jour, d’une rencontre au quotidien. C’est
cette position de jalousie qui le trouble profondément intérieurement.
Dans notre pèlerinage, tous les pas sont différents.
Notre visuel l’illustre bien. Certains pas sont plus près
de la lumière, d’autres plus éloignés. Cependant,
la lumière vient à la rencontre des pas de tous les pèlerins.
Dans notre pèlerinage, l’important est de nous avancer
vers ce Dieu Père et miséricordieux. Le cadet est revenu
vers son père motivé premièrement par la faim.
Peu importe les raisons qui nous invitent à marcher et le rythme
avec lequel nous avançons, un Dieu miséricordieux, qui
nous aime comme un père, nous tend les bras. Les chemins différents
sur lesquels nos pas s’avancent vers la lumière sont bien
aléatoires.
La parabole se termine sans que nous connaissions l’issue de
cet échange entre ce père et son fils aîné.
Nous pouvons souhaiter que la fête ait donné lieu à la
rencontre du fils aîné, du fils cadet et du Père.
Il est possible que nous ayons des doutes sérieux. Les récriminations à l’endroit
de Jésus ne l’ont-elles pas conduit à la mort?
Pourtant notre présence ici ce matin témoigne de notre
foi en la résurrection de celui qui a été mis à mort
injustement et que Dieu le Père a ressuscité. Le règne
de Dieu est ainsi inauguré. Notre pèlerinage en est une
expression tangible. Peu importe que nos pas aient des accointances
avec ceux du fils cadet ou du fils aîné, nous sommes toutes
et tous invités à entrer dans la maison pour festoyer
et manger ensemble le veau gras. Il n’en tient simplement qu’à notre
réponse.